Maladie de Crohn et papillomavirus : les liaisons dangeureuses...
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Vincent DE PARADES

Enthousiasme

À la une 12/02/2019

Maladie de Crohn et papillomavirus : les liaisons dangeureuses...

Cette étude prospective a consisté à faire un prélèvement anal à la recherche de papillomavirus chez des patients qui venaient au CHU de Besançon pour une coloscopie sous anesthésie générale quelle qu’en soit l’indication. Les patients étaient également questionnés sur leur sexualité et leurs antécédents. 


Entre avril 2012 et avril 2015, 536 patients ont été inclus, parmi eux  469 ont finalement été étudiés. Il s’agissait de 227 hommes (48,4%) et de 242 femmes, d’âge médian de 54 ans (18-86), dont la moitié environ ont accepté de fournir des données sur leur sexualité. Un patient était traité pour une infection par le VIH. L’indication de la coloscopie était un dépistage du cancer colorectal (45,6%), des saignements et/ou une anémie, des troubles du transit, des douleurs abdominales, une MICI, etc.


Parmi ces 469 patients, 160 (34,1% au total, 24,2% des hommes et 43,4% des femmes) avaient au moins un papillomavirus identifié. Il y avait un seul génotype chez 62,5% des patients et plusieurs (moyenne de 1,6 allant de 1 à 5) chez les autres. Il s’agissait de génotypes à haut risque oncogène dans 53,1% des cas (16, 51, 52, 39...). En analyse multivariée, les facteurs de risque d’infection par papillomavirus à haut risque oncogène étaient le sexe féminin, le tabagisme actif, un grand nombre de partenaires sexuels, un antécédent d’infections sexuellement transmises et un traitement immuno-suppresseur.


Dans la population étudiée, 101 patients (42,6% d’hommes)  avaient une MICI (69,3% de maladies de Crohn) dont 34,7% (68,6% des femmes) avaient au moins un papillomavirus identifié. Il s’agissait de génotypes à haut risque oncogène dans 74,3% des cas. Par rapport au reste de la population, les patients atteints de maladie de Crohn étaient significativement plus souvent infectés par des génotypes à haut risque oncogène (30% versus 18,1% ; P = 0,005). En analyse bivariée, le tabagisme était un facteur de risque d’infection par ces génotypes à haut risque.

Commentaires
 

L’incidence du carcinome épidermoïde de l’anus dans la population générale a augmenté durant les deux dernières décennies et on sait que ce cancer est lié aux papillomavus à haut risque oncogène dans la majorité des cas. Le taux rapporté par cette étude de 30% de génotypes à haut risque oncogène au niveau anal chez des patients atteints de maladie de Crohn est donc préoccupant. Du reste, une analyse récente des données de la cohorte CESAME a montré un sur-risque significatif de cancer de l’anus chez ces patients (Beaugerie L et al. Clin Gastroenterol Hepatol 2018). Il faut dire que la présence de lésions ano-périnéales chroniques et la prise d’un traitement immuno-suppresseur contribuent à majorer le risque dans ce contexte de maladie de Crohn.


Ces données posent donc la question de la prévention de ce cancer. Naturellement, on a là une raison supplémentaire pour recommander le sevrage tabagique. Surtout, on dispose d’une vaccination contre les papillomavirus à haut risque oncogène. La recommandation actuelle du GETAID est de « vacciner les jeunes filles et femmes (<19 ans) et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (< 26 ans) » atteints de MICI (https://www.getaid.org/recommandations/vaccination-et-mici.html). Etant donné les résultats de cette étude, il ne serait pas illogique de discuter l’élargissement des indications de cette vaccination chez ces patients. Enfin, la présence de papillomavirus à haut risque oncogène pourrait être prise en compte dans la décision thérapeutique (plutôt un anti-TNFα qu’un immunosuppresseur par exemple ?). 


Ces données posent également la question du dépistage chez les patients atteints de maladie de Crohn. Cependant, si ce dépistage s’avérait pertinent, il resterait à en déterminer les modalités (simple surveillance clinique ? frottis ? anuscopie de haute résolution ?) mais les données scientifiques dont on dispose actuellement sont trop contradictoires pour qu’on puisse avoir un avis « autorisé » pour l’instant. Du reste, cette étude bisontine ne nous a donné aucune information sur la présence d’éventuelles lésions de néoplasie intra-épithéliale chez ces patients. A suivre...

Références
 
Titre :

Maladie de Crohn et papillomavirus : les liaisons dangeureuses...

Titre original :

High Prevalence of Anal Canal High-Risk Human Papillomavirus Infection in Patients With Crohn's Disease

Auteurs :

Vuitton L, Jacquin E, Parmentier AL, Crochet E, Fein F, Dupont-Gossart AC, Plastaras L, Bretagne CH, Mauny F, Koch S, Prétet JL, Mougin C, Valmary-Degano S.

Source(s) :

Article

Revue :

Clinical Gastroenteroly and Hepatology

Références biblio. :

2018 Nov;16(11):1768-1776.e5

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