MICI : À chaque immunosuppresseur son cancer de la peau
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Immédiat

Rédacteur
Professeur Laurent BEAUGERIE

Enthousiasme

À la une 05/09/2012

MICI : À chaque immunosuppresseur son cancer de la peau

Trois travaux concordants publiés en 2010 et 2011, dont l’un tiré de la cohorte Cesame, ont démontré un sur-risque franc de cancers non mélaniques de la peau (cancers baso-cellulaires et spino-cellulaires) chez les personnes vivant avec une MICI et recevant des thiopurines. Les données de Cesame suggéraient par ailleurs que le sur-risque persistait après l’arrêt des thiopurines. Ces éléments ont justifié de recommander à tous les malades traités (ou ayant été traités) par thiopurines une protection solaire et une surveillance dermatologique à vie.

A partir d’une base de données médico-administrative américaine regroupant les diagnostics médicaux et les consommations médicamenteuses de plus de 100 000 patients vivant avec une MICI, Long et al. ont dénombré les cas incidents de mélanomes cutanés et de cancers non-mélaniques de la peau pendant une période de suivi médiane de deux ans.  Les incidences de cancers ont été comparées à celles de 400 000 américains appariés, indemnes de MICI. Au sein de la population des MICI, les risques associés à l’exposition aux 5-ASA, aux thiopurines et aux anti-TNF ont été comparés entre eux par étude cas-témoin nichée.
 
Globalement, l’étude confirme l’excès de cancers non-mélaniques de la peau associé aux MICI (OR 1,5), et démontre pour la première fois un excès de mélanomes (OR 1,3). L’explication en est clairement l’exposition aux immunosuppresseurs, mais les sur-risques diffèrent radicalement selon le type d’immunosuppresseurs. Le traitement par thiopurines est associé à un doublement du risque de cancers non-mélaniques (OR 1,9 [1,7-2,1]), sans excès de mélanomes (OR 1,1 [0,7-1,7]). Inversement, le traitement par anti-TNF est associé à un doublement du risque de mélanomes (OR 1,9 [1,1-3,3]), sans excès de cancers non mélaniques (OR 1,1 [1,0-1,4]).
 
Cette étude, unique par sa puissance, a pu s’attaquer aux éléments du risque de mélanome, cancer nettement plus rare que les cancers non mélaniques. Elle montre un impact inverse des deux types majeurs d’immunosuppresseurs (thiopurines et anti-TNF) utilisés de façon croissante au cours des MICI.  En cela, l’étude confirme aussi qu’il n’y pas de lien universel entre immunosuppression et carcinogenèse. Tout dépend de l’hôte, du type de cancer et du type d’immunosuppresseur. Pour une classe thérapeutique nouvellement disponible, la caractérisation des risques de cancers rares n’est possible que lorsqu’une masse critique dans le nombre de patients traités est atteinte. A noter qu’un signal d’excès de mélanomes associé à l‘utilisation des anti-TNF a été aussi rapporté en rhumatologie (OR 1,8 [0,9-2,7]), Mariette et al., Ann Rheum Dis 2011 ;70 :1895-1904).
 
En conclusion, voici un élément supplémentaire fort pour recommander protection solaire et surveillance dermatologique renforcées à tous nos patients atteints de MICI qui entrent dans le monde des thiopurines et/ou des anti-TNF.

Références
 
Titre :

MICI : À chaque immunosuppresseur son cancer de la peau

Titre original :

Risk of melanoma and non-melanoma skin cancer among patients with inflammatory bowel disease

Auteurs :

Long M-D, Martin C, Pipkin CA, Herfarth HH, Sandler RS, Kappelman M-D

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology. 2012 Aug;143(2):390-399

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