MICI : le biosimilaire aussi bien que l’infleximab ?
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Domaine concerné :
Thérapeutique
Degré d’innovation :
Important
Avancement :
Validé
Impact patient :
Impact soin :
Important
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Immédiat
 
 
rédacteur :
Professeur Vered ABITBOL-SELINGER
enthousiasme :
 
 
27/06/2018
 
  Sujet :  
 
  MICI : le biosimilaire aussi bien que l’infleximab ?  
 
 

Les résultats de l’étude NOR-SWITCH ont été publiés en juin 2017 dans le Lancet. C’est une étude multicentrique menée en Norvège et financée par son gouvernement, dont le but a été de tester l’interchangeabilité (switch) de l’infliximab biosimilaire (CT-P13) par l’infliximab de référence. Cette étude randomisée, en double aveugle, a comparé l’efficacité et la tolérance du traitement par infliximab dans 2 groupes parallèles : l’un substitué par le biosimilaire, l’autre poursuivant l’infliximab de référence. Les patients inclus étaient des adultes atteints de maladie inflammatoire rhumatologique (polyarthrite rhumatoïde [PR], spondylarthrite [SPA], rhumatisme psoriasique), digestive (rectocolite hémorragique [RCH], maladie de Crohn [MC]) ou dermatologique (psoriasis en plaques). À l’inclusion, le traitement par l’infliximab de référence devait être stable depuis au moins 6 mois. Les patients étaient informés des modalités de l’étude et devaient signer un consentement.

L’étude NOR-SWITCH est un essai thérapeutique de non-infériorité d’une durée de 52 semaines. L’objectif primaire était d’évaluer si le biosimilaire (CT-P13) n’était pas inférieur à l’infliximab de référence au regard d’une aggravation clinique de la maladie inflammatoire. Les objectifs secondaires étaient d’évaluer l’efficacité, la tolérance et l’immunogénicité du biosimilaire par comparaison à l’infliximab de référence. Le seuil de non-infériorité choisi était de 15 %. L’évaluation clinique des maladies inflammatoires reposait sur des scores cliniques propres à chaque maladie (score de Mayo partiel pour la RCH, indice Harvey Bradshaw pour la MC, Disease Activity Score [DAS28] pour la PR scores, ASDAS pour la SPA et PASI pour le psoriasis). La protéine C-réactive (CRP) et la calprotectine fécale étaient mesurées pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Les patients avaient des prélèvements sanguins pour mesure des taux résiduels d’infliximab (TRI) et recherche d’anticorps anti-infliximab. 

Entre octobre 2014 et juillet 2015, 482 patients ont été inclus dans 40 centres en Norvège (16 services de rhumatologie, 19 de gastroentérologie et 5 de dermatologie). Un patient a été exclu de l’analyse. La distribution des patients était la suivante : 91 (19%) avaient une SPA, 77 (16%) avaient une PR, 30 (6%) avaient un rhumatisme psoriasique, and 35 (7%) un psoriasis en plaques. Concernant les MICI, 155 patients avaient une MC et 93, une RCH. Les caractéristiques initiales des patients inclus dans les 2 groupes de traitement (en switch par le biosimilaire ou maintenus sous infliximab de référence) étaient comparables. 

Après 52 semaines, l’évolution de 408 patients a été analysée. Globalement, les taux d’aggravation de la maladie étaient équivalents dans les 2 groupes : 26,2 % sous infliximab de référence versus 29,6 % sous CT-P13, avec une différence (IC95) de – 4,4 % (– 12,7;3,9). Dans la maladie de Crohn, 21,1 % des cas s’étaient aggravés sous infliximab de référence et 36,5 % sous biosimilaire, correspondant à une différence (IC95) de 14,3 % entre les groupes. La différence, inférieure à 15 % (seuil défini initialement), n’était pas significative et les traitements étaient considérés comme équivalents pour la MC. Les auteurs suggéraient que le schéma de l’étude et le manque de puissance pour l’analyse ne permettaient pas de conclure à une infériorité par sous-groupe de pathologie. Dans la RCH, 9,1 % s’étaient aggravés sous infliximab de référence et 11,9 % sous biosimilaire, avec une différence (IC95) de 2,6 %. Globalement, la CRP n’était pas différente dans les 2 groupes de traitement, de même que la calprotectine fécale pour les MICI. Les TRI et la présence d’anticorps anti-infliximab n’étaient pas différents dans les 2 groupes de traitement. La tolérance de l’infliximab de référence et celle de son biosimilaire étaient comparables.

 
 
Commentaires
 
 

Les forces de cette étude sont la méthodologie d’un essai randomisé contrôlé multicentrique, le large nombre de patients inclus, la collecte exhaustive des données et le financement par le gouvernement norvégien, sans financement par l’industrie pharmaceutique. Les limites de cette étude sont le manque de puissance statistique pour la non-infériorité par sous-groupe de pathologie et l’absence de données sur les patients ayant refusé de participer à l’essai. 

En conclusion, l’essai thérapeutique NOR-SWITCH a montré que l’évolution des patients ayant eu un switch de l’infliximab de référence par son biosimilaire (CT-P13) n’était pas inférieure à celle des patients poursuivant le médicament princeps en termes d’efficacité et de tolérance.

 
 
  Références :  
 
Titre :   MICI : le biosimilaire aussi bien que l’infleximab ?
Titre original :   Switching from originator infliximab to biosimilar CT-P13 compared with maintained treatment with originator infliximab (NOR-SWITCH): a 52-week, randomised, double-blind, non-inferiority trial
Auteurs :   Kristin K Jørgensen*, Inge C Olsen*, Guro L Goll*, Merete Lorentzen*, Nils Bolstad, Espen A Haavardsholm, Knut E A Lundin, Cato Mørk†, Jørgen Jahnsen†, Tore K Kvien†, on behalf of the NOR-SWITCH study group
Source :   Article
Revue :   Lancet
Références biblio. :   Lancet 2017; 389: 2304–16 Published Online May 11, 2017
 
     
     
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