Microbiote intestinal et syndrome de l’intestin irritable : une nouvelle piste ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Professeur François MION

Enthousiasme

À la une 18/10/2012

Microbiote intestinal et syndrome de l’intestin irritable : une nouvelle piste ?

Le tube digestif humain accueille un énorme écosystème bactérien, principalement anaérobique et prédominant dans le côlon: il y a en effet 10 fois plus de bactéries dans le tube digestif que de cellules dans l’organisme humain !

Le développement de nouvelles méthodes d’analyses moléculaires (seulement 20% des bactéries coliques sont cultivables in vitro) a permis l’essor récent de travaux passionnants sur le rôle du microbiote intestinal, suggérant l’existence d’une grande stabilité de sa composition chez un même sujet, et l’existence de dysbioses potentiellement liées à des pathologies aussi variées que l’obésité, le cancer ou les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

Le syndrome de l’intestin irritable ne pouvait pas rester en dehors de ce champ d’investigation : une étude récente menée en Irlande (à partir de selles obtenues en Suède !)  a comparé le microbiote fécal de 37 patients souffrant du SII (selon les critères de Rome II) avec celui de 20 sujets contrôles appariés pour l’âge et le sexe. La composition du microbiote fécal était déterminée par séquençage de l’ARN ribosomal 16S bactérien : cette cible moléculaire présente des régions variables et hypervariables qui permettent de répertorier des groupes phylogénétiques et les espèces bactériennes. On décrit ainsi 3 phyla majeurs dans le microbiote humain dominant : les firmicutes, actinobacteria et bacteroidetes.

Des analyses statistiques complexes des résultats de biologie moléculaire ont permis de mettre en évidence une variabilité importante du microbiote fécal chez les patients avec SII : un groupe de patients avait une composition voisine des sujets sains, et 2 autres clusters de patients avec SII se distinguaient clairement des sujets contrôles, avec notamment un rapport Firmicutes/Bacteroidetes plus élevé, et une augmentation des Actinobacteria.

Cette étude s’est également attachée à essayer de démontrer des corrélations entre la composition du microbiote intestinal et les données cliniques des patients SII. Certaines espèces bactériennes étaient par exemple associées à un temps de transit colique prolongé et à la présence d’une constipation, d’autres avec un syndrome dépressif. En comparant les caractéristiques cliniques des groupes SII définis par la composition du microbiote, les auteurs ont pu établir que les patients SII avec un microbiote similaire à celui des sujets normaux étaient plus souvent dépressifs (6 sur 15, soit 40%) que les patients avec un rapport F/B élevé dans leur microbiote (2 sur 22 soit 9%). Ils concluent que les symptômes digestifs pourraient être plus d’origine psychologique chez les patients avec microbiote normal, alors que la dysbiose pourrait être impliquée dans la genèse des symptômes dans les autres cas.

Commentaires
 

Cette étude apporte une pierre supplémentaire à l’édifice débutant de l’étude du rôle du microbiote intestinal dans la genèse du SII. Ils suggèrent la possibilité de caractériser les patients atteints de SII par leur microbiote fécal : la réponse thérapeutique et le pronostic pourraient varier en fonction de cette caractérisation. Il s’agit ici de résultats préliminaires, obtenus à partir d’une population relativement bien caractérisée sur le plan clinique, mais avec des effectifs réduits. Ces résultats ne sont pas forcément concordants avec d’autres études, montrant l’existence d’altérations variables du microbiote chez les patients SII, en comparaison avec des sujets contrôles. Les conséquences de ces observations sur le microbiote intestinal dans le SII restent encore à découvrir : les pistes envisageables sont nombreuses. Sera-t-il possible de caractériser des sous-groupes de patients SII en fonction de leur microbiote ? De proposer une approche thérapeutique distincte en fonction de ces sous-groupes ? La modulation du microbiote par l’alimentation, l’administration de probiotiques ou d’antibiotiques aura-t-elle un intérêt uniquement sur certains types de dysbioses ? Les années à venir nous diront si le microbiote intestinal est bien un acteur majeur de certaines formes de SII, ou s’il s’agit simplement d’un co-facteur supplémentaire possiblement impliqué dans la pathogénie du SII.

Références
 
Titre :

Microbiote intestinal et syndrome de l’intestin irritable : une nouvelle piste ?

Titre original :

An irritable bowel syndrome subtype defined by species-specific aletrations in faecal microbiota

Auteurs :

Jeffery IB, et al

Source(s) :

Article

Revue :

Gut

Références biblio. :

Gut 2012; 61: 997-1006

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