Peut-on prédire le risque de cancer du pancréas chez les patients nouvellement diagnostiqués diabétiques ?
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Moyen

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Marine CAMUS DUBOC

Enthousiasme

À la une 17/12/2018

Peut-on prédire le risque de cancer du pancréas chez les patients nouvellement diagnostiqués diabétiques ?

Parmi les patients ayant un diabète d'apparition récente et âgés de plus de 50 ans, il est estimé qu’environ 1% d’entre eux développeront un diagnostic de cancer du pancréas (CP) dans les 3 ans qui suivent le diagnostic de diabète.

Cette étude s’est attachée à développer et valider un score pour déterminer le risque de CP chez les patients atteints d’un diabète nouvellement diagnostiqué afin d’identifier une sous-population pour laquelle un dépistage du cancer serait plus particulièrement à proposer.

Dans cette étude rétrospective, un modèle statistique de prédiction du risque de CP nommé ENDPAC (Enriching New-Onset Diabetes for Pancreatic Cancer) a été développé. Il permet d’identifier un sous-groupe des patients ayant un diagnostic récent de diabète et à risque très élevé de cancer du pancréas (4% dans les 3 ans, score supérieur ou égal à 3) et un sous-groupe de patient ayant lui un risque très faible de cancer du pancréas (<0,1% à 3 ans, score=0).

Les auteurs ont analysé rétrospectivement les données de 4 cohortes indépendantes de patients (n=1.561) atteints de diabète nouvellement diagnostiqué (sur la base du statut glycémique ; données recueillies à la date du diagnostic et 12 mois auparavant). Ces 4 cohortes font partie d’un même ensemble de données épidémiologiques provenant de Comté de Rochester (Minnesota, USA). Les données ont été collectées du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2015 pour créer le modèle. Trois facteurs ont été identifiés comme les plus fortement associés au cancer du pancréas au sein de la cohorte développement du modèle statistique (64 patients atteints de PC et 192 au diabète de type 2) : changement de poids, modification de la glycémie et âge au début du diabète. Puis le score statistique ENDPAC a été développé en pondérant les 3 facteurs identifiés dans la cohorte de développement. Ce modèle a ensuite été validé sur une cohorte indépendante de la celle du développement du modèle statistique (n=1 096 patients diabétiques ; parmi ceux-ci, 9 patients-82% ont eu un cancer du pancréas dans les 3 ans suivant le diagnostic de diabète).

Dans la cohorte de validation, un score d'au moins 3 (à haut risque de CP) identifiait 7 patients sur 9 atteints de CP (78%) avec une spécificité de 85%. Un score END-PAC élevé chez les patients qui n'avaient pas de CP (faux positifs) était souvent dû à des facteurs tels que la prescription récente de stéroïdes ou une tumeur maligne d’une autre localisation. Un score END-PAC d'au moins 3 identifiait 75% des patients de la cohorte plus de 6 mois avant le diagnostic de CP. Un score ENDPAC inférieur ou égal à 0 (chez 49% des patients) signifiait que les patients présentaient un risque extrêmement faible de CP (<0,1%).

Commentaires
 

Cette étude, bien que rétrospective, repose sur un large échantillon de patients (1561) et sur une analyse statistique avec une cohorte de développement et une cohorte de validation du score. Cependant le nombre de cancer du pancréas reste au final limité pour extrapoler les données dans la cohorte de validation (seulement 9 patients). Une autre limite de l’étude est la nécessité d’avoir un chiffre de glycémie dans les 12 mois précédent le diagnostic de diabète pour obtenir le delta de glycémie, ce qui n’est pas toujours le cas en pratique.

Une validation supplémentaire du score ENDPAC sur une large cohorte indépendante est donc nécessaire avant une application en routine. Cependant si ce modèle statistique s’avérait vrai, un score d’au moins 3 nous pousserait à dépister de manière intensive le CP et un dépistage des patients à risque serait justifié dans les 3 ans qui suivent le diagnostic d’hyperglycémie. Les modalités d’une tel dépistage serait bien évidemment un autre paramètre à déterminer (TDM, IRM +/- échoendoscopie haute ?). Une question demeure également : que faire des patients ayant finalement un risque intermédiaire (score 1 ou 2), le dépistage doit-il être proposé, le risque étant faible mais réel ?

Une étude de même design sur une cohorte de 109,385 patients a également été publiée en mars 2017 (Boursi at al.) dans le même journal. Cet autre modèle de prédiction du risque de CP chez des patients ayant un diabète récent s’appuyait sur différents paramètres (âge, indice de masse corporelle, modification de l'indice de masse corporelle, tabagisme, utilisation d'inhibiteurs de la pompe à protons et de médicaments antidiabétiques, taux d'hémoglobine glyquée, de cholestérol, d'hémoglobine, de créatinine et de phosphatase alcaline). La publication de 2 études de bonne qualité dans Gastroenterology en 18 mois sur le même sujet prouve l’intérêt de celui-ci. Il est très probable qu’avec le développement actuel des algorithmes mathématiques complexes +/- associés à l’intelligence artificielle, un score plus précis et fiable puisse être appliqué dans les années qui viennent.

Références
 
Titre :

Peut-on prédire le risque de cancer du pancréas chez les patients nouvellement diagnostiqués diabétiques ?

Titre original :

Model to Determine Risk of Pancreatic Cancer in Patients With New-Onset Diabetes

Auteurs :

Sharma A. et al

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology. 2018 Sep;155(3):730-739

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