Radiothérapie interne vectorisée par LUTATHERA dans les tumeurs neuroendocrines de l’intestin moyen : échec, mat et un profil de toxicité rassurant
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Docteur Vincent HAUTEFEUILLE

Enthousiasme

À la une 29/08/2022

Radiothérapie interne vectorisée par LUTATHERA dans les tumeurs neuroendocrines de l’intestin moyen : échec, mat et un profil de toxicité rassurant

Constituant un des graals de l’oncologie moderne, le ciblage spécifique de la cellule tumorale par un agent anticancéreux est désormais possible grâce à la radiothérapie interne vectorisée (RIV).

 

On ne présente plus l’essai NETTER-01, essai randomisé de phase III ayant permis de démontrer l’intérêt de la RIV par 177Lu-DOTATATE (LUTATHERA) dans les tumeurs neuroendocrines de l’intestin moyen ou de primitif inconnu, bien différenciées de grade G1 et G2 et fixant intensément en imagerie des récepteurs de la somatostatine. En comparaison au doublement de la dose d’analogues de la somatostatine, la RIV était associée à une médiane de survie sans progression (SSP) de 28.4 mois vs 8.5 mois dans le bras octréotide double dose (HR 0,18 ; IC95% : 0,11 – 0,29). Récemment, ont été publiées les données de survie globale (SG) et de tolérance avec une médiane de suivi de 76.3 mois. En intention de traiter, le 177Lu-DOTATATE augmentait la médiane de SG de 11,7 mois (36,3 mois avec l’octréotide double dose vs 48 mois). La différence n’était pas significative, en partie car 36 % des patients du bras contrôle ont pu bénéficier d’un cross-over. En utilisant la méthode RPSFT (Rank-preserving structured failure time analysis), méthode statistique permettant de s’affranchir du crossover dans les essais randomisés afin d’estimer le résultat du bras contrôle, la SG médiane du bras contrôle était estimée à 30.9 mois. Deux patients (2 %) ont développé un syndrome myélodysplasique, l’un des 2 étant décédé des suites de cet effet secondaire 33 mois après la randomisation. Aucun cas de leucémie aiguë n’a été rapporté. Il n’y avait pas de différence en termes de toxicité rénale entre les 2 bras.
 

Commentaires
 

Il avait été rapporté dans les cohortes historiques étudiant la RIV certaines toxicités notamment rénales et médullaires qui ne sont pas retrouvées dans NETTER-01. Celles-ci sont probablement le fait de l’utilisation d’autres radiopharmaceutiques (notamment l’yttrium 90 ou la combinaison yttrium 90 et lutécium 177, connus pour être plus néphrotoxiques) et de patients ayant reçu préalablement à la RIV des chimiothérapies hématotoxiques (notamment les agents alkylants). Ces données sont donc rassurantes et en ligne avec 2 autres travaux publiés en 2020 évaluant le risque d’hémopathie myéloïde à 2.6 % et de leucémie myéloïde à environ 1 %.

 

En conclusion, comme cela est maintenant bien connu dans les TNE, l’ordre des traitements a son importance car la toxicité augmente à mesure que les lignes se succèdent. De plus, certaines molécules peuvent induire des toxicités séquellaires ayant un impact sur la tolérance ou la faisabilité des lignes ultérieures (néphrotoxicité de la streptozotocine ou hématotoxicité des alkylants comme la dacarbazine ou le témozolomide notamment). En deuxième ligne après analogues de la somatostatine, la néphrotoxicité et la myélotoxicité à long terme de la RIV sont heureusement limitées.

Références
 
Titre :

Radiothérapie interne vectorisée par LUTATHERA dans les tumeurs neuroendocrines de l’intestin moyen : échec, mat et un profil de toxicité rassurant

Titre original :

¹⁷⁷Lu-Dotatate plus long-acting octreotide versus high‑dose long-acting octreotide in patients with midgut neuroendocrine tumours (NETTER-1): final overall survival and long-term safety results from an open-label, randomised, controlled, phase 3 trial

Auteurs :

Jonathan R Strosberg, Martyn E Caplin, Pamela L Kunz, Philippe B Ruszniewski, Lisa Bodei, Andrew Hendifar, Erik Mittra, Edward M Wolin, James C Yao, Marianne E Pavel, Enrique Grande, Eric Van Cutsem, Ettore Seregni, Hugo Duarte, Germo Gericke, Amy Bartalotta, Maurizio F Mariani, Arnaud Demange, Sakir Mutevelic, Eric P Krenning

Source(s) :

Article

Revue :

The Lancet Oncology

Références biblio. :

Lancet Oncol . 2021 Dec;22(12):1752-1763.

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