Trithérapie anti VHC chez les femmes ménopausées.. avec du raloxifène !
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Emile-alexandre PARIENTE

Enthousiasme

À la une 26/10/2012

Trithérapie anti VHC chez les femmes ménopausées.. avec du raloxifène !

La ménopause semble accélérer l'évolution de la fibrose dans l'hépatite C, et le traitement substitutif "à la française" est associé à une moindre sévérité lésionnelle (Codes L et al. Gut 2007;56:390). Une équipe italienne (Villa E et al, Gastroenterology 2011;140:819) avait confirmé ce fait et montré que la ménopause diminuait indépendamment les chances de réponse virologique soutenue (donnant aux femmes les mêmes chances réduites que les hommes). 

Une équipe japonaise rapporte les résultats d'un essai randomisé ouvert comparant, chez 123 malades ménopausées de plus de 45 ans, infectées par un virus de génotype 1b, dont seulement 12 avaient reçu un traitement préalable au moins 3 ans plus tôt. Une bithérapie avec peg-interféron alpha-2a et ribavirine a été donnée, adaptée au poids, associée ou non à du raloxifène (60 mg/j), pendant 48 semaines sauf en cas de non-réponse (ARN-VHC encore détectable à S24, ou n'ayant pas diminué d'au moins 2 log UI/mL à S12). Les deux groupes étaient tout à fait comparables, avec environ 22% d'atteintes F3 et 5% de cirrhose, une charge virale autour de 6 log et la même répartition des génotypes de l' IL28B (majoritairement "favorable" dans cette population japonaise).

Il y eut à la fois plus de réponses en fin de traitement (89 vs 69%), moins de rechutes (31 vs 50%) et finalement plus de RVS (61 vs 34%, p = 0,005) chez les malades sous raloxifène, les courbes de réponse ne commençant à se séparer qu'à partir de la 12ème semaine (où la différence de réponse, 52 vs 46% n'était pas significative). Les résultats étaient identiques en excluant les 6 malades par groupe déjà traitées auparavant. Une malade sous raloxifene dut arrêter son traitement pour éruption, il n'y a pas eu de complication thromboembolique.

Commentaires
 

Le raloxifène est un modulateur sélectif des récepteurs aux oesotrogènes ayant schématiquement des effets oestrogénomimétiques sur l'os (et probablement sur le foie), et antioestrogénique sur l'utérus et le sein. Il a été mis sur le marché pour le traitement de l'ostéoporose post-ménopausique. Les observations épidémiologiques (cf supra) suggèrent que le traitement substitutif de la ménopause pourrait freiner l'évolution de la fibrose dans l' hépatite C; cette observation n'est pas connue avec le raloxifène. Dans cet essai, l'adjonction de raloxifène à la biothérapie ne semble pas augmenter la rapidité de l'action antivirale dans les 3 premiers mois, mais plutôt favoriser la poursuite de la décroissance virale ultérieure. Le(s) mécanisme(s) d'action est(sont) hypothétique(s), mais pourrai(en)t associer des effets métaboliques et antiviraux (synergie avec l' interféron dans un replicon in vitro, alors que dans une étude précédente, les auteurs avaient montré que le raloxifène seul était totalement inefficace chez les malades). Cet essai, bien fait, mériterait d'être confirmé dans une population occidentale (le coût du raloxifène étant bien inférieur à celui des antiprotéases actuelles et à venir ! ).

Références
 
Titre :

Trithérapie anti VHC chez les femmes ménopausées.. avec du raloxifène !

Titre original :

Raloxifene hydrochloride is an adjuvant antiviral treatment of postmenopausal women with chronic hepatitis C: A randomized trial

Auteurs :

Furusyo N, Ogawa E, Sudoh M, Murata M, Ihara T, Hayashi T, Ikezaki H, Hiramine S, Mukge H, Tanigi H, Okada K, Kainuma M, Kajiwara E, Hayashi J

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Hepatology

Références biblio. :

J Hepatol (2012), http://dx.doi.org/10.1016/j.jhep.2012.08.003

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