Vaccination anti-papillomavirus chez l'homme
Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Prévention

Degré d'innovation
Important

Impact patient

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Philippe GODEBERGE

Enthousiasme

À la une 21/04/2011

Vaccination anti-papillomavirus chez l'homme

La vaccination contre le papillomavirus a été développée contre les génotypes 6 et 11, responsables de 90% des condylomes acuminés, et les génotypes 16 et 18 responsables de la grande majorité des cancers du col utérin et de l’anus. Il existe deux vaccins : un bivalent (dirigé contre le 16 et le 18) et un quadrivalent (dirigé contre le 6, 11, 16 et 18). L’emploi de ces vaccins est validé chez la jeune fille dans la prévention des CIN - VIN- VaIN, et ceci par des études randomisées à fort niveau de preuve. Quelques études ont montré la faisabilité chez l’homme notamment homosexuel, y compris séropositif pour le VIH.

Cette étude est la première étude randomisée de grande envergure chez l’homme : 4063 sujets entre 16 et 26 ans ont été randomisés (2033 placebos), en deux groupes comparables pour : race, âge, sexe, sexualité, circoncision, statut tabagique. Les sujets qui sont sortis de l’étude ont des caractéristiques identiques. Dans la vaste majorité (plus de 97%) il est apparu une séroconversion. En intention de traiter l’efficacité est de 60.2% pour les lésions génitales externes. En analyse perprotocole pour les génotypes ciblés, l’efficacité est de 90.4%. Elle atteignait 92.4 chez les hétérosexuels, mais 79% dans le groupe homosexuel masculin et n’était pas alors statistiquement significative. Dans cette étude était considéré comme MSM (Main having sex with men) les individus qui avaient des rapports non exclusivement hétérosexuels.
De très nombreuses autres données sont exposées mais les effectifs en sont souvent très réduits ; le suivi est au final assez court (2.9 ans en moyenne), ce qui est insuffisant dans le domaine des dysplasies, qui au niveau anogénital chez l’homme nécessite un délai d’apparition plus long entre l’infection des novos et la constitution d’une dysplasie de haut grade.
Commentaires
 

On s’en doutait donc, il n’y a aucune raison pour que le vaccin ne soit pas efficace chez l’homme. Même si à l’état natif les titres d’anticorps sont plus élevés chez la femme ainsi que la proportion de femmes séropositives pour le HPV alors que le taux d’infection est similaire dans les deux populations. Le débat se place désormais sur le terrain médico économique. Plus le pourcentage de femmes vaccinées augmente, moins il est intéressant de vacciner les hommes ; et inversement ! Le problème est qu’une population particulièrement exposée ne s’individualisera qu’après la période vaccinale (homosexuels masculins). La question médico économique est d’autant plus importante qu’il s’agit là de l’un des vaccins les plus chers. Or des questions importantes restent pour le moment sans réponse : en quoi la vaccination des hommes jeunes influence t-elle l’infection dans le sexe opposé ; une stratégie ciblée sur une vaccination une fois l’orientation sexuelle apparue pourrait elle avoir une efficacité et un impact financier moindre ; la vaccination de tous les hommes serait elle aussi coût - efficace que la vaccination des femmes jeunes ? Les sommes par année de vie conservées sont très élevées or les moyens dans le domaine de la Santé ne sont pas indéfinis. Bien évidemment le message d’un traitement inégalitaire de la population pose des problèmes éthiques, d’autant moins résolus que les bénéfices ne sont pas stabilisés. L’avenir serait peut-être d’identifier un groupe de sujets à risque, non couverts par la vaccination des femmes ; la prochaine étude serait donc celle qui répondrait à la question : faut-il vacciner systématiquement les patients homosexuels masculins, VIH + ou VIH -, avec ou sans premier contact avec HPV. A ce titre l’éditorial associé à cet article pose clairement des questions essentielles.

Références
 
Titre :

Vaccination anti-papillomavirus chez l'homme

URL : Efficacy of Quadrivalent HPV Vaccine against HPV Infection and Disease in Males
Auteurs :

Giuliano A-R, Palefski J-M, Goldstone S, et al

Source(s) :

Article

Revue :

New England Journal of Medicine

Références biblio. :

N Engl J Med 2011; 364:401-411

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