Foie

Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Thérapeutique

Degré d'innovation
Moyen

Avancement
Validé

Impact patient

Impact soin
Important

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Confirmation

Rédacteur
Line Carolle NTANDJA WANDJI

Enthousiasme

À la une 23/09/2022

Hépatite alcoolique sévère corticorésistante : sans transplantation hépatique, le pronostic reste sombre !

Depuis 2011, les résultats encourageants de la transplantation hépatique (TH) précoce ont fait de cette procédure un traitement émergent pour la prise en charge des patients ayant une hépatite alcoolique (HA) sévère corticorésistante. Malgré ces résultats, certaines équipes continuent de privilégier une stratégie de type « wait-and-watch » fondée sur la possibilité d’une « récupération hépatique spontanée » après la mise en place du sevrage en alcool.

 

Cette étude rétrospective monocentrique américaine avait pour but d’évaluer le pourcentage de « récupération hépatique spontanée » (RHS) et le devenir des patients ayant une HA sévère corticorésistante chez qui la TH précoce était refusée (contre-indication médicale, psychosociale etc). La RHS était définie par l’obtention d’un score MELD <21 dans les 3 mois suivant l’hospitalisation.

 

Parmi les 144 patients inclus prospectivement, 114 (79,1 %) avaient un diagnostic d’HA certaine ou probable selon les critères de la NIAAA. Parmi les 144 patients inclus, seuls 49 patients bénéficiaient d’une TH précoce. Parmi les 95 patients non transplantés, 34 patients (23,6%) avaient une RHS cependant seuls 7 (20,5 %) patients avaient une maladie compensée (définie par un score MELD≤ 15 et l’absence de traitement médical pour une ascite ou une encéphalopathie hépatique). En analyse multivariée, les facteurs indépendants associés à une RHS étaient un âge jeune (OR, 0,92 ; p = 0,004), un INR bas (OR, 0,31 ; p = 0,03) et un score MELD peu élevé (OR, 0,83 ; p = 0,02).

 

Les survies à 1 et 3 ans étaient respectivement de 89,7 et de 85 % chez les patients transplantés vs. 37 % et 24,9 % chez les patients non transplantés. L’âge et le sexe n’étaient pas associés à la survie des patients. Après ajustement sur l’âge, seule la TH était associée à une diminution du risque de décès (HR, 0,20 ; IC 95%, 0,06-0,62 ; p = 0,005).  

 

Le pourcentage de reprise de la consommation d’alcool était similaire (p= 0,53) dans les 2 groupes : 47,7 % dans le groupe transplanté et 39,4 % dans le groupe non transplanté. La reprise de l’alcool augmentait le risque de décès (HR, 2,05) cependant cette augmentation n’était pas significative (p = 0.17).

Figure
Comparaison de la probabilité de survie des patients après transplantation hépatique, sans transplantation hépatique selon qu’ils aient ou qu’ils n’aient pas une RHS

Commentaires
 

Cette étude comporte plusieurs limites :

  • Absence de confirmation histologique du diagnostic de l’HA (par ailleurs dans cette étude, 20% des patients inclus ont un diagnostic d’HA possible selon les critères de la NIAAA).
  • Etude monocentrique dans un centre tertiaire.
  • Caractère rétrospectif de l’étude et probable impact sur le recueil des données et sur le suivi des patients.
  • Manque de données importantes dont le score de Lille.


Malgré ces limites, plusieurs grands messages sont confirmés :

  • La TH précoce permet d’améliorer la survie à court et à long terme des patients ayant une HA sévère résistante au traitement médical.
  • La reprise d’alcool est associée à une augmentation du risque de mortalité chez les patients ayant une HA sévère notamment en l’absence de TH.


Enfin, cette étude apporte des données intéressantes concernant la récupération hépatique spontanée après sevrage en alcool :

  • La récupération hépatique spontanée est observée chez seulement 1/3 des patients ayant une HA sévère non transplantés parmi lesquels seuls 20 % ont une maladie compensée.
  • Comme attendu, l’âge jeune, un INR et un score MELD bas sont associés à un plus haut pourcentage de récupération hépatique spontanée.


Conclusion : Malgré les différentes limites de l’étude, ces résultats confirment la nécessité d’abandonner la stratégie de type « wait-and-watch » chez les patients ayant une HA sévère corticorésistante. Par conséquent, il est important de se mettre en relation avec une équipe de transplantation hépatique afin de discuter l’intérêt d’une TH précoce en cas d’HA sévère corticorésistante.
 

Références
 
Titre :

Hépatite alcoolique sévère corticorésistante : sans transplantation hépatique, le pronostic reste sombre !

Titre original :

Recovery and outcomes of patients denied early liver transplantation for severe alcohol-associated hepatitis

Auteurs :

Jessica Musto, Dylan Stanfield, Dana Ley, Michael R Lucey, Jens Eickhoff, John P Rice

Source(s) :

Article

Revue :

Hepatology

Références biblio. :

2022 Jan;75(1):104-114. doi: 10.1002/hep.32110.

Liens utiles
Hepatology
   
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Société Savante des Maladies et Cancers de l'Appareil Digestif

Domaine concerné
Diagnostic

Degré d'innovation
Important

Avancement
Recherche clinique

Impact patient

Impact soin
Moyen

Intérêt

Arrivée dans la pratique
Futur proche

Rédacteur
Docteur Lucy MEUNIER

Enthousiasme

À la une 05/09/2022

Alcool et stéatopathie métabolique : la vérité est dans les cheveux !

La stéatopathie métabolique (NAFLD) et l’hépatopathie liée à l’alcool (ALD) partagent plusieurs caractéristiques physiopathologiques et cliniques. L’histologie hépatique ne permet pas toujours de faire la distinction entre les 2 pathologies. Étant donné que plus de 75 % des adultes en Europe et en Amérique consomment de l'alcool, et qu'environ 70 % des patients sont en surpoids ou obèses, la coexistence des facteurs de risque métaboliques et de consommation d'alcool rend difficile une distinction claire entre ces 2 pathologies.

 

Le but de cette étude était d’évaluer la consommation d’alcool par un marqueur objectif (éthylglucuronide dans les cheveux, hEtG) chez des patients étiquetés au préalable avec stéatopathie métabolique ou hépatopathie liée à l’alcool. Ce marqueur de consommation d’alcool à également été comparé à d’autres marqueurs uEtG (ethylglucuronide urinaire), questionnaire AUDIT-C, CDT (transferrine désialylée), VGM (volume globulaire moyen), GGT, ALD/ NAFLD index (ANI).

 

Au total, 184 patients ont été inclus prospectivement entre mars 2013 et novembre 2018 dans 3 centres Autrichiens : 114 avec stéatopathie métabolique (définie selon les critères EASL) et 70 avec hépatopathie liée à l’alcool. Il s’agissait majoritairement d’hommes (113, 61,4 %), d’âge moyen 54 ans et pour 40,2 % cirrhotiques. Dans le groupe stéatopathie métabolique, initialement 52.6 % (60/114) des patients avaient déclaré une consommation d’alcool faible (< 20g par jour pour les femmes et < 30g par jour pour les hommes) et 47.4 % (54/114) aucune consommation d’alcool. Dans le groupe hépatopathie liée à l’alcool, initialement 18.6 % (13/70) des patients déclaraient une consommation d’alcool et 81.4 % (57/70) une abstinence complète depuis au moins 6 mois. L’analyse de l’hEtG des patients classés « stéatopathie métabolique » révélait une consommation d’alcool modérée à excessive chez 29.8 % (34/114) des patients, après confrontation des résultats les patients admettaient une consommation plus importante que celle déclarée initialement. De même, dans le groupe « hépatopathie liée à l’alcool », 28.6 % (20/70) des patients avaient un hEtG positif témoin d’une consommation d’alcool modérée ou excessive dans les 6 derniers mois.

Concernant les autres marqueurs pour détecter une consommation modérée d’alcool : CDT, VGM, GGT, uEtG (seuil > 0.1 mg/l) et uEtG (seuil > 0.5 mg/l) avaient des aires sous la courbe ROC (AUROC) à 0.544, 0.500, 0.569, 0.766 et 0.659 respectivement contre 0.897 pour hEtG (Figure).


En conclusion, la détection de l’éthylglucuronide dans les cheveux a dans cette étude, une excellente performance pour identifier une consommation modérée ou excessive d’alcool notamment chez des patients initialement étiquetés avec stéatopathie métabolique.

 

Figure
Sensibilité et spécificité des marqueurs de consommation d’alcool pour la détection d’une consommation modérée

Commentaires
 

Cette étude prospective apporte 2 informations majeures pour notre pratique clinique :

  • La première concerne les performances diagnostiques des tests de détection de l’alcool. Cette étude remet en question l’utilisation des GGT, CDT et VGM pour évaluer cette consommation d’alcool. En revanche, elle conforte l’intérêt du dosage de l’ éthylglucuronide (EtG) dans les cheveux et les urines. La place de cet outil reste encore à déterminer en pratique clinique mais l’intérêt est certain.
     
  • La deuxième information notable est la proportion non négligeable de patients étiquetés «stéatopathie métabolique » (29.8 %), c’est-à-dire à priori sans ou avec faible consommation d’alcool qui ont en fait une consommation modérée à excessive mise en évidence par l’hEtG et confirmée dans un 2ème temps par le patient.

En conclusion, la consommation d'alcool potentiellement nocive chez les patients atteints de stéatopathie métabolique présumée ne peut pas être détectée de manière fiable par les moyens de diagnostic courants. Les auteurs préconisent donc l’intégration de l'hEtG et de l'uEtG dans le diagnostic de routine chez ces patients en plus de l'AUDIT-C, au lieu des méthodes de dépistage traditionnelles pour le dépistable de la consommation d’alcool modérée à sévère.

Références
 
Titre :

Alcool et stéatopathie métabolique : la vérité est dans les cheveux !

Titre original :

Ethyl glucuronide in hair detects a high rate of harmful alcohol consumption in presumed non-alcoholic fatty liver disease

Auteurs :

Katharina Staufer, Ursula Huber-Schönauer, Georg Strebinger, Philipp Pimingstorfer, Silke Suesse, Thomas-Matthias Scherzer, Bernhard Paulweber, Peter Ferenci, Thomas Stimpfl, Michel Yegles, Christian Datz, Michael Trauner

Source(s) :

Article

Revue :

Journal of Hepatology

Références biblio. :

2022 May 20;S0168-8278(22)00316-6. doi: 10.1016/j.jhep.2022.04.040

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