MICI

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Rédacteur
Professeur Aurélien AMIOT

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À la une 23/11/2021

Efficacité vaccinale des vaccins à ARN messager chez les patients atteints de MICI exposés à différentes thérapeutiques immunosuppressives

Depuis le début de la campagne de vaccination contre le SRAS-CoV-2, la question de l’efficacité des vaccins à ARNm chez les patients immunodéprimés, a fait l’objet de maintes controverses.

 

Les patients traités par des chimiothérapies lymphopéniantes, par rituximab ou porteurs d’un déficit immunitaire primitif, ont présenté des réponses vaccinales insuffisantes avec un schéma à 2 injections et doivent recevoir une troisième injection à 28 jours de la deuxième. La question n’est par contre pas tranchée pour les patients traités par d’autres immunosuppresseurs, par biothérapie ou par des petites molécules, comme au cours des MICI.


Dans cette étude, les patients adultes appartenant au système de soin des vétérans US ont été inclus dès lors qu’un diagnostic de MICI avait été porté, qu’ils n’avaient pas contracté le COVID-19, qu’ils recevaient un traitement pour leur MICI (aminosalicylés, thiopurine, methotrexate, anti-TNF en mono ou en combothérapie, ustekinumab, vedolizumab et tofacitinib) et qu’ils avaient été suivi dans le système de soins des vétérans US depuis au moins 6 mois avant la date index (18 décembre 2020). Les patients vaccinés avec tout autre vaccins étaient exclus. Le suivi a été réalisé jusqu’au 20 avril 2021 où 7 321 sujets avaient reçu au moins 1 injection vaccinale et 6 578 (89,9 %) les deux injections. Ce groupe de patient scindé entre vaccination partielle et complète était comparé à 7 376 sujets non vaccinés. Les données étaient corrigées via un score de propension comportant toutes les variables explicatives nécessaires pour avoir des résultats interprétables.


L’efficacité de la vaccination complète était de 80,4 % contre le COVID-19, 7 jours après une vaccination complète et de 70,1% contre le COVID-19 sévère (infection COVID-19 nécessitant une hospitalisation et/ou un décès). Par contre, l’efficacité de la vaccination incomplète était de 25,1 % contre le COVID-19 et de 36,8 % contre le COVID-19 sévère. Une analyse de sensibilité n’a pas mis en évidence de différences entre les différents régimes thérapeutiques.

 

PJ : patient-jour

Commentaires
 

Ces données ont un intérêt majeur pour la prise en charge de nos patients de par la réassurance qu’elles nous apportent et également concernant la conduite à tenir concernant le schéma vaccinal à leur proposer. En effet, la proposition d’une troisième dose de vaccin à ARNm semble être un principe de précaution logique et bienveillant pour nos patients traités par immunosuppresseur. Néanmoins, il ne semble pas justifié de favoriser une troisième dose vaccinale plutôt que d’étendre la proportion de patients vaccinés dans la population générale.

Références
 
Titre :

Efficacité vaccinale des vaccins à ARN messager chez les patients atteints de MICI exposés à différentes thérapeutiques immunosuppressives

Titre original :

Effectiveness of SARS-CoV-2 vaccination in a Veterans Affairs Cohort of Inflammatory Bowel Disease Patients with Diverse Exposure to Immunosuppressive Medications

Auteurs :

Nabeel Khan, Nadim Mahmud

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology 2021 ; DOI : https://doi.org/10.1053/j.gastro.2021.05.044

Liens utiles
Gastroenterology : accès au texte intégral via rubrique Revues en ligne du site SNFGE pour membres SNFGE à jour de cotisations
   
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Professeur Aurélien AMIOT

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À la une 10/11/2021

Risque de COVID-19 sévère et MICI sous différents régimes thérapeutiques

Depuis le début de la pandémie COVID-19, la question de l’inocuité des traitements immunosuppresseurs, des biothérapies et des petites molécules, et de leur maintien face au risque infectieux, a été posé chez les patients atteints de MICI. Plusieurs registres nationaux et internationaux ont tenté de répondre à cette question avec des résultats divers, se heurtant à l’absence de dénominateur connu pour évaluer le risque spécifique.

 

Dans cette étude, les auteurs ont utilisé la base de données médico-administratives du SNDS, permettant de suivre la totalité des patients atteints de MICI sur le territoire français et de les classés en fonction des traitements pris de façon effective. Le critère de jugement principal de l’étude était la survenue d’une hospitalisation pour COVID-19, d’une ventilation mécanique ou d’un décès au cours d’une hospitalisation pour COVID-19 ou d’un décès au cours d’une hospitalisation pour COVID-19. Les données étaient ajustées à partir de toutes les données pertinentes disponibles et notamment l’utilisation concomitante de corticoïdes et les diverses comorbidités présentées par les patients.

 

Au total, 268 185 patients ont été inclus. Les hazard-ratios ajustés sont présentés accompagnés de leur intervalle de confiance à 95 %, sont présentés dans le tableau ci-dessous, en comparaison au patients ne recevant aucun traitement (n = 197.664). Aucune différence n’était notée en comparant les différents régimes thérapeutiques entre eux.

 

 

IS mono

n = 17.717
 

Anti-TNF mono

n = 38.354

Anti-TNF combo

n = 5.857

Vedolizumab

n = 4.125
 

Ustekinumab

n = 4.468
 

Hospitalisation
pour COVID-19

0.94

[0.66-1.35]

1.05

[0.80-1.38]

0.80

[0.38-1.69]

1.06

[0.55-2.05]

1.25

[0.64-2.43]

Ventilation invasive
ou décès au cours
d’une hospitalisation
pour COVID-19

0.35

[0.09-1.43]

0.83

[0.36-1.91]

Aucun cas rapporté Aucun cas rapporté Aucun cas rapporté
Décès au cours
d’une hospitalisation
pour COVID-19

0.59

[0.14-2.41]

0.81

[0.25-2.62]

Aucun cas rapporté Aucun cas rapporté Aucun cas rapporté

 

Commentaires
 

Ces données sont extrêmement rassurantes pour nos patients quant au maintien de leur traitement visant à maintenir leur MICI sous contrôle. Elles doivent également nous encourager à poursuivre la prise en charge de nos patients atteints de MICI malgré la pandémie COVID-19 et toutes les désorganisations qu’elle a pu induire.


Evidemment, ce type d’étude est soumises à des biais et notamment le manque de certaines informations comme le phénotype de la MICI, son niveau d’activité ou le BMI (bien que la notion d’obésité soit accessible au sein de la base du SNDS), par exemple. Egalement, le fait que les patients se soient procuré leur traitement en pharmacie ne signifie pas non plus qu’il l’ait pris de façon effective. Ces éléments ne sont néanmoins pas suffisant pour remettre en cause la portée de ces résultats.

Références
 
Titre :

Risque de COVID-19 sévère et MICI sous différents régimes thérapeutiques

Titre original :

Risk of severe COVID-19 in patients treated with IBD medications : a French nationwide study

Auteurs :

Antoine Meyer, Laura Semenzato, Mahmoud Zureik, Alain Weill, Franck Carbonnel, Rosemary Dray-Spira

Source(s) :

Article

Revue :

Alimentary Pharmacology & Therapeutics

Références biblio. :

Aliment Pharmacol Ther . 2021 Jul;54(2):160-166. doi: 10.1111/apt.16410

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Professeur Xavier TRETON

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À la une 13/10/2021

Désescalade dans la RCH en rémission : attention à la marche !

La question de la désescalade thérapeutique chez les patients ayant une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI) en rémission, est majeure pour les patients, les soignants et les autorités médico-économiques.

 

Cet essai contrôlé, randomisé ouvert multicentrique japonais a inclus des patients avec une rectocolite hémorragique (RCH) traités par infliximab (IFX) à la dose de 5mg/kg/8 semaines, en rémission sans corticoïdes depuis plus de 6 mois et ayant un score endoscopique MAYO de 0 ou 1. La randomisation en deux groupes, arrêt (n=47) ou poursuite de l’IFX (n=48) était stratifiée sur la prise d’un traitement concomitant par immunosuppresseur (IS) et sur le sous-score endoscopique MAYO 0 ou 1.  Le critère de jugement principal était la rémission à la 48ème semaine. Il était atteint chez 80,4 % des patients qui ont poursuivi l’IFX, contre 54,3 % des patients ayant interrompu l’IFX (différence de 26,1 % [95 % CI: 7.7 to 44.5], p = 0.008). Chez 12 patients en rechute, l’IFX a été repris (avec un schéma d’induction S0, S2 et S6) et permis une rémission à 8 semaines de la reprise chez 8 patients, sans réaction allergique.

Commentaires
 

L’essai HAYABUSA est important car nous manquions de données prospectives randomisées d’arrêt des anti-TNF dans la RCH.

 

Les résultats confirment que la désescalade thérapeutique dans la RCH est sanctionnée par un risque élevé de rechute, avec ici près d’un patient sur deux à moins d’un an de l’arrêt de l’IFX. De plus, il faut insister sur la sélection très stricte des patients de cet essai, ce qui incite à être d’autant plus prudent : ils étaient traités par IFX, l’anti-TNF jugé le plus efficace dans la RCH, depuis une moyenne de 3 ans, 60 % en association avec un IS et il s’agissait de la première biothérapie chez tous les sujets. Par ailleurs, ils étaient tous en rémission sans corticoïdes et avec une cicatrisation muqueuse endoscopique. Cette étude a pu manquer de puissance pour identifier des facteurs de risque de rechute. Cependant la profondeur de la cicatrisation endoscopie (MAYO 0 ou 1), ainsi qu’un traitement par IS ou bien une infliximabémie basse à l’arrêt, n’ont pas été identifiés comme facteurs de risques ou protecteurs. En revanche, un taux de CRP élevé et des lésions histologiques inflammatoires (score de Nancy >2) ont été identifiés comme facteurs de risques indépendants de rechute à l’arrêt de l’IFX.

 

Ces résultats soulignent encore une fois l’intérêt de prendre en compte la rémission histologique, en cas de projet de désecalade thérapeutique dans la RCH. On peut regretter dans cette étude l’absence de données concernant la calprotectine fécale. Comme dans d’autres travaux, l’efficacité du retraitement par IFX est élevée et non morbide, mais le recul est très limité. En conclusion, retenons que l’obtention d’une rémission profonde, comprenant une cicatrisation endoscopique, n’est pas une garantie de succès après arrêt d’un anti-TNF dans la RCH et que le taux de rechute est de 50 % à un an. Une décision de désecalade dans la RCH doit donc être murement réfléchie au cas par cas.

Références
 
Titre :

Désescalade dans la RCH en rémission : attention à la marche !

Titre original :

Discontinuation of infliximab in patients with ulcerative colitis in remission (HAYABUSA): a multicentre, open-label, randomised controlled trial

Auteurs :

: Taku Kobayashi, Satoshi Motoya, Shiro Nakamura, Takayuki Yamamoto, Masakazu Nagahori, Shinji Tanaka, Tadakazu Hisamatsu, Fumihito Hirai, Hiroshi Nakase, Kenji Watanabe, Takayuki Matsumoto, Masanori Tanaka, Takayuki Abe, Yasuo Suzuki, Mamoru Watanabe, and Toshifumi Hibi

Source(s) :

Article

Revue :

The Lancet Gastroenterology & Hepatology

Références biblio. :

Lancet Gastroenterol Hepatol. 2021 Jun;6(6):429-437. doi: 10.1016/S2468-1253(21)00062-5

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Domaine concerné
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Rédacteur
Professeur Xavier TRETON

Enthousiasme

À la une 21/06/2021

La colite microscopique, un facteur de risque de MICI du sujet âgé ?

Cette étude a porté sur l’identification d’une association entre colite microscopique et risque de développer une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI).

 

Grâce à une base de données histologique (ESPRESSO) issue de 28 centres suédois, 13 957 cas de colites microscopiques ont été identifiés entre 1990 et 2007. Ces patients ont été appariés à 66 820 sujets contrôles en population générale grâce au registre de santé national (appariment 1/5) et aux individus de leur fratrie, indemnes de colite microscopique (n=13 943). Pendant la période de l’étude (17 ans), les auteurs ont identifié 323 cas incidents de rectocolite hémorragique (RCH) et 108 cas de maladie de Crohn (MC) parmi les patients avec colite microscopique, contre respectivement 94 cas de RCH et 42 cas de MC, dans les populations contrôles. Le délai moyen entre le diagnostic de colite microscopique et de la MICI était de 3,2+/-3,5 ans pour la RCH et de 3,3+/- 3,2 ans pour la MC. En analyse multivariée, la colite microscopique était associée au risque de RCH avec un hazard ratio ajusté de 16,8 (IC95% 13,9-20,3) et de MC avec un hazard ratio ajusté de 12,6 (IC95% 8,8-18,1). Dans cette population, l’excès de risque absolu à 10 ans de développer une MC était estimé à 0.9 (95% 0,7-1,1) et de développer une RCH à 2,9 (95% 2,2-2,9).

 

Commentaires
 

Les colites microscopiques sont des pathologies difficiles à classer, de mécanisme inconnu, mais qui partagent quelques éléments physiopathologiques avec les MICI (dysbiose, quelques variants génétiques de susceptibilité, lésions histologiques, profil cytokinique muqueux).

 

Leur association avec les MICI a été suggérée par des études antérieures, mais cette étude suédoise, par sa puissance, est la première à identifier clairement la colite microscopique comme un facteur de risque de MICI.

 

Ce que l’on peut retenir de ce travail est qu’un diagnostic de colite microscopique prédispose à l’apparition d’une MICI, avec un surrisque plus important pour la RCH que pour la MC. Ceci est peut-être en partie expliqué par le fait que la RCH et la colite microscopique, ont en commun des variants génétiques de susceptibilité du système HLA de classe II. Il n’y avait pas de différence de risque entre les différents types de colites microscopiques, la colite lymphocytaire et la colite collagène étant des facteurs de risques similaires pour chaque sous-type de MICI. Enfin il faut souligner que la population étudiée de patients avec colite microscopie était âgée (âge moyen de 61 ans) et très majoritairement féminine (72 %), avec un appariment de la population contrôle sur ces critères démographiques.

 

On peut donc ici conclure que dans population particulière des MICI apparaissant chez les sujets âgés, la colite microscopique est un nouveau facteur de risque identifié. Sûrement faudra t-il surveiller mieux les patients avec un diagnostic de colite microscopique à l’avenir.

 

Références
 
Titre :

La colite microscopique, un facteur de risque de MICI du sujet âgé ?

Titre original :

Microscopic Colitis and Risk of Inflammatory Bowel Disease in a Nationwide Cohort Study

Auteurs :

Hamed Khalili, Kristin E Burke, Bjorn Roelstraete, Michael C Sachs, Ola Olén, Jonas F Ludvigsson

Source(s) :

Article

Revue :

Gastroenterology

Références biblio. :

Gastroenterology. 2020 May;158(6):1574-1583.e2 ; DOI: 10.1053/j.gastro.2019.12.028

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