6. Cancer du canal anal (Dernière mise à jour le 12/11/2016)

Groupe de travail et relecteurs
     

     

    Responsable : Dr L. MOUREAU-ZABOTTO, Département de Radiothérapie, Unicancer Institut Paoli Calmettes, 232 boulevard de Sainte-Marguerite, 13009 Marseille.

    Groupe de travail : Dr L. ABRAMOWITZ (Bichat APHP, Paris), Pr C. BORG (CHU, Besançon), Dr E.  FRANCOIS (Unicancer Antoine Lacassagne, Nice), Dr D. GOERE (Unicancer Gustave Roussy, Villejuif), Dr F. HUGUET (Tenon APHP, Paris), Dr V. VENDRELY (CHU, Bordeaux), Pr D. PEIFFERT (Unicancer Alexis Vautrin, Nancy), Pr L. SIPROUDHIS (CHU, Rennes).

    Relecture : Pr O. BOUCHE (CHU, Reims), Pr M. DUCREUX (Unicancer Gustave Roussy, Villejuif), Dr P LAPLAIGE (Clinique, Blois), Pr A. LIEVRE (CHU Rennes), Pr P. MAINGON (Pitié Salpêtrière APHP, Paris), Dr P. MARIANI (Unicancer Curie, Paris), Pr G. NOEL (Unicancer Paul Strauss, Strasbourg)

    Comment citer ce chapitre : Moureau-Zabotto L, Vendrely V, Abramowitz L, Borg C, Francois E, Goere D, Huguet F, Peiffert D, Siproudhis L, Ducreux M, Bouché O. Anal cancer: French Intergroup Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up (SNFGE, FFCD, GERCOR, UNICANCER, SFCD, SFED, SFRO, SNFCP). Dig Liver Dis. 2017 Aug;49(8):831-840.

     

    6.1 Introduction
     
    6.1.1. Epidémiologie

    Le canal anal est la partie terminale du tube digestif, mesurant 3 à 4 cm et située entre le rectum et la peau de la marge de l'anus. Les tumeurs de la marge anale sont classées avec les tumeurs cutanées (OMS).

    Les cancers du canal anal sont rares, prédominant chez la femme (sex ratio de 0,4 à 4,4 en France). Deux tiers des patients ont plus de 65 ans. Ils représentent 2,5 % des cancers digestifs [1], et 6 % des cancers ano-rectaux ([2]) ([1]).Leur incidence augmente ([3]), probablement en raison de la multiplication des partenaires sexuels qui entraine une réduction de la clairance naturelle de l’HPV. L’HPV 16 est présent dans 89 % des  cancers de l’anus ([4,5]). Cette augmentation est particulièrement observée chez des hommes de la quarantaine infectés par le VIH ([6,7]).

    Les cancers épidermoïdes du canal anal représentent 95% des cas de cancers du canal anal. Seuls 5% sont métastatiques au diagnostic ([8]) ([6]).

    Pour les deux sexes, les facteurs de risques sont les infections liées à l’HPV ([4,5]), la séropositivité HIV ([9]) [7], l’immunosuppression ([10]) [8]), le tabagisme, les rapports passifs anaux, la multiplication des partenaires sexuels ([9,11]) et l’âge ([10,12]).

    Le traitement vise à guérir le patient et à obtenir le meilleur contrôle local possible en conservant un sphincter fonctionnel.

    Ces dernières années se sont développés les traitements conservant le sphincter utilisant la radiothérapie et l'association à une chimiothérapie concomitante pour les grosses tumeurs.

    L’examen clinique comporte les touchers pelviens (rectal et vaginal le cas échéant), avec schéma annoté (examen sous AG si nécessaire), une évaluation de la fonction sphinctérienne et une étude du périnée. Une anuscopie-rectoscopie avec biopsies sont indispensables. La recherche d’adénopathies inguinales et sus claviculaires est systématique, par examen clinique, complétée par une échographie en cas de doute.

     

    6.1.2. Diagnostic histologique

    Il distingue les carcinomes épidermoïdes des autres formes. Les différents types histologiques sont décrits dans la classification de la World Health Organisation  (WHO) ([13]) ([11]) :

    • Cancers épidermoïdes :
      • à grandes cellules kératinisant
      • non kératinisant (transitionnel)
      • basaloïde.
    • Adénocarcinomes :
      • de type rectal - glandes anales
      • sur fistule anorectale.
    • Carcinomes à petites cellules
    • Carcinomes indifférenciés
    • Autres tumeurs (sarcomes - lymphomes - mélanomes ...).

     

    6.1.3. Facteurs pronostiques

    Leur connaissance permet de mieux préciser la place des différents traitements dans la stratégie pluridisciplinaire. Les principaux facteurs pronostiques défavorables sont le sexe masculin ([14-19]), l’envahissement ganglionnaire ([12,15,18,19]), la taille tumorale supérieure à 5 centimètres ([14,16,17]), le caractère ulcéré de la tumeur ([13,15])…  Plusieurs études ont montré que l’expression de l’oncogène p16 était associée à la présence d’HPV dans ces carcinomes. La surexpression de p16 présente également un intérêt pronostique. L’absence de détection d’un génotype HPV ou l’absence d’expression de p16 est un facteur de mauvais pronostique ([20-22]). En dehors de l’envahissement ganglionnaire et de la taille, il semble important de préciser que les autres facteurs cités ici ne sont pas utilisés en pratique pour la décision thérapeutique. Par ailleurs, le suivi de guidelines améliore les résultats en terme de survie globale ([23]).

     
    6.1.4. Stadification

    Elle est pré-thérapeutique, le traitement initial étant généralement conservateur. L'ancienne classification de l'UICC de 1967, qui reposait sur l'analyse histologique de la pièce opératoire, a été abandonnée.

    REFERENCE :
     

    Classification TNM clinique de l’AJCC et de l’UICC, 7ème édition (2011) ([24]) :

    Tumeur primitive

    T1 : tumeur inférieure ou égale à 2 cm dans sa plus grande dimension
    T2 : tumeur supérieure à 2 cm mais inférieure ou égale à 5 cm dans sa plus grande dimension (de 21 mm à 50 mm)
    T3 : tumeur supérieure à 5 cm dans sa plus grande dimension
    T4 : tumeur, quelle que soit sa taille, qui envahit un ou plusieurs organes adjacents (vagin, urètre, vessie) à l’exception du rectum, de la peau périnéale, du tissu cellulaire sous-cutané et du sphincter.

    Adénopathies régionales (N)

    Nx : ganglions non évalués
    N0 : pas de localisation secondaire  ganglionnaire
    N1 : ganglions péri-rectaux
    N2 : ganglions iliaque interne et/ou inguinal unilatéraux
    N3 : ganglions péri-rectaux et inguinaux et/ou iliaques internes bilatéraux et/ou inguinaux bilatéraux.

    Métastases à distance (M)

    MX : non évaluées
    M0 : pas de localisation secondaire à distance de la tumeur primitive
    M1 : métastases à distance

     

    6.2. Explorations pré-thérapeutiques
     
    6.2.1. Diagnostic

     

    REFERENCES :

    • Examen clinique : toucher rectal incluant l’inspection de la marge anale et si besoin toucher vaginal, palpation des aires ganglionnaires inguinales
    • Rectoscopie avec biopsie de la tumeur à la pince et analyse anatomo-pathologique de la tumeur anale. La biopsie large et/ou la chirurgie de cyto-réduction tumorale sont déconseillées en raison du risque de lésions sphinctériennes qu’elles comportent.

     

    6.2.2. Bilan d'extension locorégional

     

    • Objectifs : décrire les sites d'extension tumorale, afin d'adapter le traitement aux facteurs pronostiques et de limiter les volumes irradiés.

    REFERENCES :
     
    • IRM ano-rectale : examen de choix pour évaluer l’extension loco-régionale et ganglionnaire, avec des données en terme de sensibilité proches de celles de la TEP, notamment depuis l’acquisition des séquences de perfusion/diffusion ([25][26]). Cet examen est toutefois opérateur dépendant.
    • Scanner thoracique, abdominal et pelvien, avec injection de produit de contraste, incluant la totalité des aires inguinales.
    • Imagerie métabolique par TEP au 18 FDG : recommandée pour rechercher des ganglions pelviens ou inguinaux non suspectés par l’imagerie classique en particulier pour les tumeurs T2 à T4N0et pour les tumeurs N+ quel que soit le T ([26-29]), avec une meilleure sensibilité que celle du scanner (89-98% vs 58-76%). Cependant, les récentes données de la littérature montrent des performances beaucoup plus modérées en particulier en ce qui concerne  l’atteinte ganglionnaire qui est théoriquement la grande force de la TEP. En effet, deux séries ont analysé les résultats à partir de ganglions prélevés ([30][31]). Les faux positifs pour ce critère étaient de 25 et 57% avec un risque accru de faux positif chez les patients VIH+, peut-être avant l’ère des anti-protéases. Globalement les performances de l’IRM sans séquence de diffusion semblent inférieures au TEP TDM ([32][33]) mais ce n’est probablement plus le cas pour les IRM modernes, utilisant des séquences de perfusion/diffusion.

    L’ensemble de ces éléments d’imagerie est  désormais supérieur à l’échographie endo-rectale ou écho-endoscopie en ce qui concerne l’évaluation de l’envahissement ganglionnaire. Cependant, l’écho-endoscopie peut s’avérer supérieure à l’IRM pour l’évaluation des petites tumeurs superficielles restant à la surface du canal anal ([34]).

    Dans le cas particulier de toute petites tumeurs T1N0 de la marge anale et / ou du canal anal, il faudra avant toute prise de décision, réaliser un bilan paraclinique comprenant IRM rectale et TEP-scanner, afin de ne pas méconnaitre un envahissement ganglionnaire.

    • Frotti cervico-vaginal de dépistage : systématique avant toute irradiation pelvienne chez les femmes est systématique
    • Sérologie VIH doit être systématiquement réalisée.

     

    OPTIONS :
     
    • Echographie endo-rectale ou écho-endoscopie peut être réalisée pour :

    ·       préciser l'épaisseur maximale de la tumeur et l'envahissement des couches
    ·       rechercher des adénopathies péri-rectales et du promontoire recto-sigmoïdien

    • Exprimer l'extension locale selon le tableau ci-dessous us-TN :
      • usT1 : atteinte de la muqueuse et de la sous-muqueuse sans atteinte du sphincter interne
      • usT2 : atteinte du sphincter interne sans atteinte du sphincter externe
      • usT3 : atteinte du sphincter externe
      • usT4 : atteinte d’un organe pelvien de voisinage
      • usN0 : pas d'adénopathie suspecte
      • usN+ : Adénopathie  péri-rectale de 5 à 10 mm de diamètre ayant les caractères de malignité (rond, hypoéchogène, contours nets) ou mesurant plus de 10 mm de diamètre. 

    La classification échographique a un intérêt pronostique supérieure à celle de l’UICC pour prédire le risque de rechute ([36]).

    • Dosage initial des SCC sériques comme test diagnostique et comme valeur pronostique est controversé ([35]).

     

    6.3. Méthodes thérapeutiques

     

    Les objectifs sont mesurés par la survie. La survie sans colostomie est également un élément important. L’appréciation du contrôle local et régional ainsi que la fonction sphinctérienne font partie des objectifs secondaires d’évaluation.

    Le traitement repose sur la radiothérapie, le plus souvent associée à une chimiothérapie concomitante surtout dans les formes localement avancées. La chirurgie doit être discutée essentiellement devant les formes étendues pour la prise en charge de la tumeur primitive, en cas d'échec de la radiothérapie ou de récidive locale et dans le traitement des adénopathies satellites résiduelles.

    6.3.1. La radiothérapie

    La technique de radiothérapie recommandée à l’heure actuelle est une technique de radiothérapie conformationnelle par modulation d’intensité avec ou sans arc-thérapie dynamique, et ce afin d’être le plus conformationnelle possible sur le volume cible en évitant au maximum les organes à risque avoisinants ([2,36-38]. Elle nécessite une étude scannographique dosimétrique, avec injection de produit de contraste pour identifier les aires ganglionnaires, réalisée en position de traitement (dans la majorité des cas en décubitus dorsal) avec un repérage de la marge anale. Elle est réalisée vessie pleine afin de limiter l’irradiation digestive. Le volume cible anatomo-clinique comporte la tumeur primitive, le canal anal, le mésorectum inférieur pour les tumeurs T1. La délinéation des volumes cibles s’appuiera non seulement sur les données du scanner de simulation, mais également sur les données du reste du bilan d’extension réalisé notamment l’IRM et le TEP-scanner si possible en réalisant une fusion d’images.

    Elle est administrée le plus souvent en 2 séquences séparées par un intervalle dont il est démontré qu’il doit être le plus court possible ([39]). Le premier temps d’irradiation doit délivrer sur le pelvis une dose comprise entre 36 et 45 Gy en fractionnement classique (1,8 à 2 Gy par fraction, 5 fractions par semaine). La dose de 36 Gy semble suffisante pour stériliser une maladie infraclinique ganglionnaire ([40]).

    La deuxième séquence délivre une irradiation réduite sur la tumeur comprise en équivalent de dose biologique entre 15 et 25 Gy. Elle peut être apportée soit par radiothérapie externe soit par curiethérapie interstitielle. Dans deux études rétrospectives le contrôle local s’est avéré meilleur lorsque les patients recevaient un complément d’irradiation  en curiethérapie ([41]).

    La radiothérapie conformationnelle avec modulation d'intensité (RCMI) permet de délivrer le traitement en un temps en utilisant une technique avec complément de dose intégré (Simultaneous Integrated Boost), mais ce schéma reste une option ([42]).

    Une autre option thérapeutique peut être proposée. Elle consiste à délivrer une radiothérapie externe pelvienne avec une dose de 36 Gy en 4 semaines puis une deuxième séquence de 23,4 Gy en 17 jours après un intervalle libre de 16 jours([43]).

    Pour les tumeurs localement plus avancées, les volumes d’irradiations doivent inclure les aires ganglionnaires iliaques internes, externes, pré-sacrées et inguinales ([44]). L'irradiation des ganglions iliaques primitifs peut se discuter pour des tumeurs N3. Les fosses ischio-rectales doivent être inclues pour les tumeurs T4 et/ou N2-N3 (Accord d’experts). Les volumes d’irradiations ainsi que les recommandations de dose à délivrer aux organes à risques sont décrites dans une récente publications de la SFRO ([45]).

    6.3.2. La chimiothérapie concomitante

    La chimiothérapie comporte du 5-fluorouracile (5FU) à la dose de 1000 mg/m² par jour de J1 à J4, et de la mitomycine C à la dose de 10 mg/m² à J1 la première et cinquième semaine de traitement le premier jour du traitement ([14-19,46,47]).

    La substitution du 5FU par la capécitabine a été validée par plusieurs études et peut être une option ([48]).

    L’alternative proposant la substitution de la mitomycine C par le cisplatine n’a pas fait la preuve de sa supériorité par rapport l’association 5 FU–mitomycine C ([46]).

    Les anti-EGFR associés à la radiothérapie  restent en cours d’évaluation (essai FFCD 0904). Le cetuximab en association a une association de radio-chimiothérapie standard s’est pour l’instant  avéré délétère, avec des taux de réponse particulièrement bas même si une récente étude de phase II semble monter des résultats contradictoires et prometteurs ([49], [50]).

    6.3.3. Association radiothérapie-chirurgie

    Elle est indiquée devant une tumeur de grand volume, envahissant les organes de voisinage comme la prostate ou le vagin ou lorsque la conservation d’un sphincter fonctionnel n’est pas envisageable. La radio-chimiothérapie préopératoire, ou à défaut, la radiothérapie pelvienne préopératoire précède l’amputation abdomino-périnéale d’une période d’au moins 6 semaines. 

    6.3.4. Chimiothérapie exclusive

    L’association 5FU (600 à 1000 mg / m²) de J1 à J5 et cisplatine (80 à 100 mg / m²) en une injection sur 5 jours reste le traitement standard chez les patients métastatiques et/ou récidivants ([51]).

    Les patients HIV positifs doivent être traités selon le même schéma et aux mêmes doses que les patients séronégatifs ([52,53]). Idéalement, la charge virale doit être en dessous de 10000 copies /ml  et le taux de CD4 au-dessus de 200 /mm3. Un ajustement posologique peut être envisagé chez des patients très immunodéprimés ayant un lourd passé médical([54-56]).

    L’association du traitement de référence 5FU-cisplatine avec un taxane, le paclitaxel semble donner des résultats prometteurs ([57]). Sur 7 patients traités par cette combinaison de chimiothérapie, 2 patients ont présentés une réponse complète et une longue rémission respectivement de + 62 mois et de + 33 mois. Des études de cas montrent également une efficacité du paclitaxel seul, après échec d’un traitement par cisplatine et 5FU ([58,59]). Une étude évaluant l’association docetaxel (75mg/m2), cisplatine (75mg/m2) et 5FU (750mg/m2 par jour pendant 5 jours) suggère également l’efficacité de ce protocole et un taux de rémissions complètes encourageant ([60]). Une étude clinique de phase 2 (FFCD et GERCOR) est en cours en France pour valider l’intérêt du docetaxel (https://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT02402842).

    L’utilisation de thérapies ciblées n’a pour l’instant pas fait ses preuves dans le traitement des cancers de l’anus. 

    6.3.5. Chirurgie

    En tant que traitement curatif exclusif, elle est réservée aux petites tumeurs T1N0 de la marge anale qui s’apparentent plus à des tumeurs cutanées qu’à des tumeurs de l’anus. Les marges chirurgicales recommandées doivent être au minimum de 1 mm (accord d’expert) ([2,27]).Le bilan d’opérabilité de ces petites lésions doit comprendre une évaluation par échographie endocavitaire.

    Dans le cas de tumeurs localement évoluées, la chirurgie de la tumeur primitive est effectuée après une association de radio-chimiothérapie (absence de réponse complète avec poursuite évolutive sous radiochimiothérapie ou récidive locale après réponse complète à la radiochimiothérapie) et comporte une amputation abdomino-périnéale, avec un résultat identique quel que soit l’indication opératoire,  en terme contrôle local ou de métastases à distance ([61]) ([62]) ([63]).

    Une colostomie de décharge peut être indiquée avant de débuter la radio-chimiothérapie, en cas d’envahissement de la cloison recto-vaginale ou de risque sub-occlusif.

    Le curage inguinal ne doit pas être réalisé de manière prophylactique, mais doit être réservé aux adénopathies résiduelles après association radio-chimiothérapie concomitante ou encore aux rechutes ganglionnaires, et ce en raison du risque de survenue d’une lymphocèle persistante et d'un lymphoedème secondaire des membres inférieurs ([64]).

     

    6.4. Indications thérapeutiques
     
    6.4.1. Généralités

    Cinq essais randomisés ont démontré la supériorité de l’association de radio-chimiothérapie par 5FU-mitomycine C comparée à la radiothérapie seule pour les tumeurs localement avancées avec une augmentation du contrôle local et de la survie sans colostomie ([15-19]).

    La chimiothérapie néo-adjuvante n’a pas permis d’améliorer le contrôle local et a même démontré qu’elle diminuait le taux de survie sans colostomie. Elle ne doit pas être utilisée en dehors d’essais thérapeutiques (grade A) ([14,15,19]).

    La chimiothérapie de maintenance ou de consolidation n’a jamais amélioré le contrôle local, la survie sans maladie ou la survie globale ([16]).

    La chirurgie avec amputation abdomino-périnéale est réservée aux poursuites évolutives après traitement par radio-chimiothérapie ou aux récidives locales. Elle peut être parfois indiquée devant des complications loco-régionales avec nécrose ou hémorragie.

    6.4.2. Stades T1 N0 (arbre décisionnel 1)


    REFERENCES :

    • Pour les carcinomes épidermoïdes de la marge anale, l’exérèse chirurgicale en marges saines (>1mm) est le traitement de référence (accord d’expert).
    • Pour les carcinomes épidermoïdes du canal anal, la radiothérapie exclusive constitue le traitement de première intention permettant d’obtenir la conservation du sphincter et un taux élevé de contrôle loco-régional (accord d’expert).


    OPTIONS :

    En cas d’exérèse chirurgicale première pour marisque hémorroïdaire, ou lésion dysplasique et de découverte fortuite à l’analyse histologique de la pièce d’exérèse, d’un carcinome infiltrant ou micro-infiltrant :

    • radiothérapie post-opératoire ne sera pas indiquée, à condition que les marges d’exérèse soient saines, et que la taille tumorale soit inférieure à 10 mm (risque ganglionnaire <12%) (accord d’expert).

    Dans ces deux cas (T1N0 de la marge anale et / ou du canal anal), il faudra avant toute prise de décision réaliser un bilan paraclinique comprenant IRM rectale et TEP scanner, afin de ne pas méconnaitre un envahissement ganglionnaire.

    ESSAIS CLINIQUES :

    • Cohorte ANABASE FFCD : cohorte d’enregistrement des cancers de l’anus : critère : survie sans maladie à 3 ans (coordonnateurS : V Vendrely, L Quéro, L Abramowitz) 

     

    6.4.3. Stade T2 N0 / T2 N1 / T2 N3 / T3 / T4 (arbre décisionnel 2)
     
    REFERENCES :
     
    • Association radio-chimiothérapie 5 FU–Mitomycine C concomitante : indiquée qu’elle que soit le stade N1/N3, l’association radio-chimiothérapie concomitante exclusive avec une association de 5 FU–Mitomycine C reste le traitement de première intention (niveau de la recommandation : grade A). 

    La réponse à la radio-chimiothérapie devant être évaluée au minimum 6 à 8 semaines après la fin du traitement, un délai supplémentaire allant jusqu'à 6 mois est souvent nécessaire avant de décider une chirurgie ([46]).

    • Amputation abdomino-périnéale (AAP) et colostomie iliaque gauche : 
    • chez les patients mauvais répondeurs, progressant sous radio-chimiothérapie,
    • en cas de maladie persistante après radio-chimiothérapie, malgré un délai d’attente suffisamment long (pouvant atteindre 6 mois) permettant de juger au mieux de l’efficacité ou de la non-efficacité de la radio-chimiothérapie (accord d’experts),
    • en cas de mauvais résultats sphinctériens responsables d’incontinence anale, ou en cas de fistule recto-vaginale persistante après radio-chimiothérapie.
    • en cas de rechute locale, après radio-chimiothérapie.
       
    • AAP et colostomie périnéale pseudo-continente : chez les patients jeunes, refusant une colostomie iliaque gauche, elle permet de conserver une certaine intégrité corporelle ([65]).


    OPTIONS :

    • Radiothérapie exclusive : option pour  les tumeurs “T2 N0 faible” c’est à dire de moins de 3 cm (accord d’experts), même si pour ces lésions, l’apport de la chimiothérapie reste intéressant ([66]).
    • Chimiothérapie 5FU-cisplatine : sur la base des résultats de l’essai ACTII, alternative à l’association 5FU-mitomycine C (grade C). 
    • Substitution du 5FU par de la capecitabine : option validée par plusieurs études  ([48,67]) (grade C)
    • Radiothérapie conformationnelle avec modulation d'intensité (RCMI) : permet de délivrer le traitement en un temps en utilisant une technique avec complément de dose intégré (Simultaneous Integrated Boost), mais ce schéma reste une option (accord d’experts).


    ESSAIS CLINIQUES :

    • FFCD 0904 : phase I-II multicentrique, prospectif de radiochimiothérapie associée au panitumumab dans le traitement des carcinomes épidermoïdes localisés de l’anus (coordonnateurs : V Vendrely, T Aparicio) 
    • Cohorte ANABASE FFCD : cohorte d’enregistrement des cancers de l’anus : critère : survie sans maladie à 3 ans (coordonnateurs : V Vendrely, L Quéro, L Abramowitz) 

     

    6.4.4. Tumeurs métastatiques d'emblée (arbre décisionnel 3)
     
    REFERENCES :
     

    La référence est une chimiothérapie de première intention.

    • Chimiothérapie 5FU-cisplatine : en première intention l’association 5FU (600 à 1000 mg / m²) de J1 à J5 et cisplatine (80 à 100 mg / m²) en une injection sur 5 jours reste le traitement standard chez les patients métastatiques et/ou récidivants ([51]).
    • Radio-chimiothérapie concomitante :
      • en cas de tumeur considérée comme métastatique en raison d’une atteinte ganglionnaire lombo-aortique, on pourra proposer une association radio-chimiothérapie concomitante à dose curative incluant les aires ganglionnaires lombo-aortiques, plus ou moins précédée d’une chimiothérapie première (accord d’experts).
      • en cas de bonne réponse thérapeutique, on pourra discuter au cas par cas une association radio-chimiothérapie concomitante de clôture centrée sur la lésion primitive anale afin de diminuer le taux de rechute locale qui pourrait considérablement impacter la qualité de vie ultérieure (accord d’experts). 


    OPTIONS :

    • Chimiothérapie LV5FU2-cisplatine
    • Colostomie de décharge : peut parfois être indiquée afin de prendre en charge une incontinence sphinctérienne majeure.

     

    ESSAIS CLINIQUES :

    • EPITOPES HPV 02 (GERCOR-FFCD) : phase II multicentrique, prospectif de chimiothérapie à base de docétaxel, cisplatine et 5FU) pour canal anal métastatique ou localement avancé résistant à la radiochimiothérapie (coordonnateur : S Kim)
    • Cohorte ANABASE FFCD : cohorte d’enregistrement des cancers de l’anus : critère : survie sans maladie à 3 ans (coordonnateurs : V Vendrely, L Quéro, L Abramowitz) 

     

    6.5. Surveillance (arbre décisionnel 4)

     

    Le but de la surveillance est double : dépister une récidive locale ou métastatique susceptible d’être traitée à visée curative et déceler une complication locale liée au traitement.

    La grande majorité des récidives survient dans les 2 ans après le traitement et sont, dans environ 30 % des cas, susceptibles de pouvoir être rattrapées par amputation abdomino-périnéale lorsqu’il s’agit d’une récidive locale ou loco-régionale. La fréquence des récidives locales est dépendante du stade TNM. Elle est estimée < 20 % pour les cancers classés T1, comprise entre 10 et 30 % pour les cancers classés T2, entre 20 et 40 % pour les cancers classés T3 et T4. Le dépistage précoce de ces rechutes locales est essentiel pour pouvoir en envisager une exérèse complète à visée curative.

    La fréquence des complications est également dépendante du volume tumoral initial. Elle est de 5 à 10 % pour les petites lésions < 5 cm, de 15 à 30 % pour les tumeurs localement avancées, classées T3-T4, après traitement radio-chimiothérapie.

    Cette surveillance est essentiellement clinique. Elle est rendue difficile par les remaniements locorégionaux induits par la fibrose post-thérapeutique lorsque la conservation sphinctérienne a été l’objectif majeur du traitement.

    Il est essentiel d’éviter les biopsies de contrôle itératives dans les territoires traités, surtout après curiethérapie interstitielle, afin d’éviter, dans un tissu fibreux peu vascularisé, d’induire une nécrose locorégionale imposant une sanction chirurgicale radicale. Elles ne doivent donc être réalisées qu’en cas de forte présomption de rechute locale.

    REFERENCES (accord d'experts) :

    • Examen clinique : avec toucher pelvien, anuscopie, palpation inguinale bilatérale doit être réalisé au minimum 8 semaines après la fin de l’association radio-chimiothérapie concomitante puis tous les 4 mois pendant 2 ans puis tous les 6 mois  pendant 5 ans ([2,27]) ;seulement 1% des rechutes surviennent au-delà de 3 ans ([46]).
    • Biopsies doivent être proscrites :
      • en situation de réponse complète clinico-radiologique (rapport bénéfice–risque défavorable du fait du risque de nécrose tissulaire en cas de biopsie en territoire irradié), ou encore précocement en cas de persistance de lésions lors de la première évaluation, du fait de la possibilité de régression ultérieure et des difficultés d’interprétation secondaires à l’inflammation post-thérapeutique.
      • Dans certains cas de tumeur initiale volumineuse, la lésion peut régresser jusqu’à 26 semaines après la fin de la radiothérapie, voire au-delà̀ ([24,46]).
      • En l’absence de progression clinique :  il est donc recommandé d’attendre six mois après la fin du traitement avec une surveillance clinique (ainsi que radiologique) rapprochée sans pour autant réaliser de biopsie immédiate de la lésion ([2,27]). 
    • En cas de suspicion de rechute locale :
      • biopsie au trucut ou à l’aiguille fine préconisée
      • biopsie chirurgicale à éviter : en raison du risque élevé de dégâts sphinctériens et de troubles de la cicatrisation en territoire irradié. 
    • Suivi des effets secondaires radio-induits :
      • Essentiel chez tout patient traité, au niveau de la tolérance digestive, urinaire et sexuelle.
      • Les complications osseuses (type fractures du bassin en H) doivent également être détectées.
      • Ces complications doivent être évaluées selon des échelles reproductibles (CTCAE v4.0 ou RTOG) pour permettre une comparabilité́ des résultats obtenus ([68,69]).
     

    OPTIONS :

    • Scanner thoraco-abdomino-pelvien : surveillance annuelle pendant les trois premières années n’est qu’une OPTION ([2,27]).
      • Le risque loco-régional étant bien plus important que le risque de rechute métastatique, et la prise en charge précoce de la maladie métastatique n’ayant jamais amélioré la survie, la surveillance radiologique scannographique à la recherche de métastase à distance n'est pas une REFERENCE.
      • L’exérèse chirurgicale des métastases à distance n’a pas démontré  d’amélioration de la survie globale.
    • IRM : surtout très précise et très utile quant à la classification avant chirurgie de rattrapage ([70]).
    • Imagerie fonctionnelle TEP FDG : 4 à 6 mois après la fin du traitement conservateur par radio-chimiothérapie semble donner des informations utiles et pertinentes quant à l’obtention d’une rémission clinique complète, en particulier pour la détection des poursuites évolutives ganglionnaires, mais n’est pour l’instant pas recommandé de façon formelle par les recommandations internationales ([2,27]). Elle a une bonne valeur prédictive négative et sa négativité est corrélée à une meilleure survie sans récidive.
    • Dosage du SCC : intérêt limité dans le suivi et recommandé uniquement en cas de valeur élevée au diagnostic. Il n’est pas à l’heure actuelle recommandé de façon systématique ([2,27]).

     

    ESSAI CLINIQUE :

    Cohorte ANABASE FFCD : cohorte d’enregistrement des cancers de l’anus : critère : survie sans maladie à 3 ans (coordonnateurs : V Vendrely, L Quéro, L Abramowitz) 

     

    6.6. Protocoles de chimiothérapie

     

    5FU-mitomycine C

    4 jours administrées de façon concomitantes, la 1ère et la 5ème semaine de la radiothérapie.

    J1 : Mitomycine C : 10 mg/m2 en injection IV bolus.
    J1 à J4 :  5-FU « infusionnel » : 1000 mg/m2/j en infusion IV continue (infuseur ou pompe).

    Différentes variations de ce protocole sont possibles concernant :

    • dose unitaire de mitomycine C (10 à 15 mg/m2)
    • répétition de l’injection de mitomycine C lors de la seconde cure de chimiothérapie ;
    • la durée de l’infusion intra-veineuse de 5-FU (4 ou 5 jours)
    • posologie du 5FU (750 à 1000 mg/m2/j) 

     

    Capécitabine-mitomycine C

    J1 : mitomycine C : 10 mg/m2 en injection IV bolus (uniquement pour la 1ère cure de chimiothérapie).

    Capécitabine chaque jour de radiothérapie en deux administrations quotidiennes de 825 mg/m2 chacune.

     

    5FU-cisplatine

    5FU 800 mg/m2 en perfusion continue de J1 à J5 sur diffuseur portable.

    Cisplatine 100 mg/m2 en 1h à J2.

    Hydratation obligatoire avant et après le cisplatine :

    - pré-hydratation : 2 litres de glucosé à 5 % + 4g NaCl / L + 2g KCl/litre + 1g sulfate de magnésium/litre à passer en 4 heures
    - post-hydratation : 2 litres de glucosé à 5 % + 4g NaCl / litre + 2g KCl/litre+ 1 ampoule de gluconate de calcium/litre à passer en 4 heures

    Traitement reproduit tous les 28 jours

     

    LV5FU2-cisplatine

    Cisplatine 50 mg/m2 à J1 en 30 minutes dans 250 ml de chlorure de sodium à 0,9%.

    Hydratation obligatoire avant et après le cisplatine :

    - pré-hydratation : 1 litre de glucosé à 5% + 4g NaCl + 2g KCl + 1g sulfate de magnésium à passer en 3 heures
    - post-hydratation : 1 litre de glucosé à 5% + 4g NaCl + 2g KCl + 1 ampoule de gluconate de calcium à passer en 3 heures

    Acide folinique 200 mg/m2 (ou acide l-folinique 100 mg/m2) en 2 heures dans 250 ml de G5% à J1.

    Rincer puis 5FU 400 mg/m2 en 10 minutes dans 100 ml de G5% à J1.

    5FU 1200 mg/m2 en perfusion continue de 44 heures sur diffuseur portable.

    A J2, clamper le diffuseur de H24 à H26 pour passer l’acide folinique et le 5FU comme à J1.

    Traitement reproduit tous les 14 jours.

     

    6.7. Arbres décisionnels
     
    6.7.1. Arbre décisionnel 1 (Tumeur T1N0)

     

    6.7.2. Arbre décisionnel 2 (Tumeur T2-T4 N0-N3)

     

    6.7.3. Arbre décisionnel 3 (Tumeurs  métastatiques)

     

     

    6.7.4. Arbre décisionnel 4 (Surveillance)


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