Expert / Relecteur
Pr C. Bureau / Pr J-M. Péron
Rédaction
H. Joubert
​Janvier 2019

Il ne peut exister d’hépatite D (VHD) sans infection simultanée ou préalable par le virus de l’hépatite B (VHB). La co-infection VHD-VHB est la forme la plus grave d’hépatite virale chronique en raison de l’évolution rapide de l’atteinte hépatique et de la survenue plus fréquente d’un carcinome hépatocellulaire.

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L’hépatite D est une maladie provoquée par l’infection des cellules du foie (hépatocytes) par le virus de l’hépatite D ou Delta (VHD), uniquement lorsque la personne est également infectée par le virus de l’hépatite B (VHB). C’est pourquoi l’on parle d’hépatite B-Delta.

En effet, sans infection par le virus de l'hépatite B (VHB), le virus de l'hépatité D (VHD) - virus incomplet - est incapable par lui-même de pénétrer l’hépatocyte et donc de se répliquer.

Soit l’infection par le virus de l'hépatite D et le virus de l'hépatite B survient simultanément (co-infection), soit la personne est déjà porteuse chronique du virus de l'hépatite B. On emploie alors le terme de sur-infection.

Quels sont les modes de contamination/transmission ?

Le virus Delta, transmis par voie sanguine ou sexuelle

Comme le virus de l’hépatite B, la transmission du virus Delta requiert un contact, à travers la peau et/ou les muqueuses, avec du sang ou des fluides corporels d’une personne infectée.

L’injection de drogues au moyen de seringues contaminées, les scarifications non hygiéniques (tatouage, piercing, rasage avec matériel contaminé) et les rapports sexuels non protégés sont les principaux modes de contamination.

L’hépatite D a reculé en France du fait de la vaccination anti-VHB initiée en 1990 et le dépistage du virus dans les dons de sang destinés aux transfusions.

L’infection persiste chez les migrants originaires majoritairement d’Afrique sub-saharienne et d’Europe de l’Est où l’hépatite B est endémique. 14 % des personnes coinfectées VHB-VHD sont le plus souvent des usagers de drogue par voie intraveineuse.

La transmission de la mère à l’enfant est rare.

Concernant le pronostic, deux cas de figure existent. Lorsque l’infection VHB et VHD est simultanée, l’hépatite aiguë est modérée et guérit spontanément, le plus souvent. L’évolution vers une hépatite D chronique est rare (moins de 5 % des cas d’hépatite aiguë).

Ça n’est pas le cas lorsque l’individu porteur du VHB s’infecte avec le VHD. 70 % à 90 % des personnes développeront alors une hépatite chronique avec un risque plus sévère de cirrhose, de décompensation hépatique et de carcinome hépatocellulaire (CHC). Cette surinfection accélère l’évolution vers une forme plus grave, à tous les âges.

Les examens

Une sérologie anti-Delta chez tout individu infecté par le virus de l’hépatite B

Une sérologie, c’est-à-dire la recherche d’anticorps totaux anti-delta (titres élevés d’immunoglobulines G et M anti-VHD) est la règle chez toute personne porteuse du virus de l’hépatite B. Le diagnostic est confirmé par la détection du génome viral (ARN du VHD), permettant de quantifier la charge virale.

Les traitements

Prévenir l’hépatite D en se vaccinant contre l’hépatite B

Traiter l’hépatite D (VHD) reste aujourd’hui difficile et les taux de guérison sont faibles. Un seul médicament antiviral ciblant le virus Delta est disponible : l’interféron alpha pégylé (Peg-IFNa). Souvent mal toléré en cas de cirrhose, il doit être suivi pendant des années jusqu’à la diminution à la fois de la quantité de virus Delta dans le sang. Au final, le traitement par interféron alpha pégylé ne conduit à une éradication virale que dans moins de 25 % des cas.  

Comme le virus de l'hépatite D utilise l’enveloppe du virus de l'hépatite B pour s’introduire dans les cellules du foie, la prévention vaccinale par le vaccin contre le virus de l'hépatite B (VHB) est efficace contre la co-infection VHB-VHD.

Le développement des programmes de vaccination contre l’hépatite B dans l’enfance a entraîné une baisse de l’incidence de l’hépatite D au niveau mondial. Attention, la vaccination contre l’hépatite B ne confère aucune protection contre le VHD chez les individus déjà infectés par le VHB.

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Signes d'alarmes
L’hépatite B-Delta, une des formes les plus sévères d’hépatite virale
L’hépatite B-Delta évolue le plus souvent de manière a-symptomatique. Du fait de la co-infection VHB-VHD, le risque d’hépatites sévères et fulminantes avec apparition d’un ictère ou jaunisse, d’une insuffisance hépatique est supérieur à celui d’une infection par le seul VHB. La transplantation en urgence est alors la seule solution. La progression vers la cirrhose est également plus rapide lorsque les deux virus co-infectent les cellules du foie et les complications (cancer du foie, ascite) surviennent plus fréquemment.
Chiffres
240 millions
L’infection par le virus Delta touche 5% des 240 millions de personnes infectées chroniquement par le VHB (12 millions d’individus dans le monde).

Certains pays d’Afrique (République de Centre Afrique, Mauritanie…), le Nord de l’Amérique du Sud (région Amazonienne) et l’Asie centrale (Mongolie et Pakistan) sont des régions où le virus de l’hépatite B (VHB) est endémique, favorisant la co-infection par le virus de l’hépatite D (VHD).

Certains pays d’Afrique, en Asie, en Océanie et sur le pourtour méditerranéen ainsi qu’en Europe de l’Est et dans le Sud-Est de la Turquie sont des zones à risque modéré d’infection par le virus de l’hépatite D.

L’Inde et dans le Sud-Est asiatique sont relativement épargnés par la co-infection VHB-D en dépit d’une forte prévalence du VHB.
Idées reçues
L’hépatite Delta est plus sévère que les autres hépatites virales (A, B, C, E)
Vrai
La co-infection VHD-VHB est considérée comme la forme la plus grave d’hépatite virale chronique en raison du risque élevé d’hépatite fulminante (entre 15-20% en cas de surinfection), de l’évolution rapide vers le décès (un risque doublé comparé à la seule infection par le VHB) par atteinte hépatique et carcinome hépatocellulaire (son incidence est alors multipliée par trois).