Les récidives du cancer du côlon sont principalement métastatiques et surviennent dans environ 80 % des cas durant les 3 premières années qui suivent le traitement curatif [Manfredi et al. 2006]. Environ 25 % des récidives sont accessibles à un traitement à visée curative [Guyot et al. 2005].

Une surveillance clinique, radiologique et endoscopique sera proposée chez les patients capables de supporter une ré-intervention ou une chimiothérapie.

L’ACE est le marqueur biologique utilisable mais sa spécificité est mauvaise et l’impact sur la survie de son dosage répété n’est pas démontré [Jeffery et al. 2019].

L’échographie abdominale reste l’examen ayant le meilleur rapport coût/bénéfice pour le dépistage de métastases hépatiques. La sensibilité de détection voisine de 85 % peut être diminuée par des difficultés d’ordre technique ou par certaines caractéristiques de la tumeur (caractère iso-échogène, taille < 10 mm, situation périphérique, sous capsulaire ou dans le dôme). La spécificité est voisine de 95 %. Elle peut également montrer des adénopathies ou une carcinose péritonéale.

La radiographie de thorax est un examen peu sensible pour la recherche des métastases pulmonaires. Le scanner est plus sensible pour détecter les métastases pulmonaires et hépatiques. Néanmoins il n’y a aucune évidence que l’avance au diagnostic fournie par le scanner se traduit en termes de bénéfice de survie pour les patients. 

Les données disponibles reposent sur un nombre limité et hétérogène d’études randomisées avec des résultats discordants. La tendance des résultats rapportés est plutôt en faveur d’une surveillance basée sur la réalisation régulière d’une imagerie hépatique, thoracique et d’un dosage de l’ACE [Chau et al. 2004 ; Rodríguez-Moranta et al. 2006]. La démonstration d’un bénéfice sur la survie globale d’une stratégie de surveillance n’est pas démontrée. Les résultats des études FACS et CEA Watch plaident en faveur d’une stratégie de surveillance plus intensive basée sur le dosage régulier de l’ACE avec un bénéfice en termes de récidives accessibles à un traitement à visée curative [Primrose et al. 2014 ; Verberne et al. 2015]. Cependant la dernière étude publiée ne montre pas de bénéfice en survie globale d’une stratégie de surveillance plus intensive basée sur le dosage régulier de l’ACE et la réalisation de scanners [Wille-Jørgensen et al. 2018].

Les résultats récents de l’essai de phase III PRODIGE 13 sont similaires et ne sont pas en faveur d’un bénéfice d’une stratégie de surveillance « renforcée » par scanner et/ou dosage de l’ACE [Lepage et al. 2025]. Dans cette étude tous les patients bénéficiaient d'un examen clinique tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans. Le design de PRODIGE 13 reposait sur une double randomisation :

  • La première évaluait une surveillance par "imagerie intensive" (scanner thoraco-abdominopelvien et échographie abdominale en alternance tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans) versus surveillance « standard » (échographie abdominale tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans; radiographie thoracique tous les 6 mois pendant 3 ans puis annuelle pendant 2 ans).
  • La seconde randomisation évaluait l’intérêt du dosage sanguin de l’ACE tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans, puis annuel versus pas de dosage. Le critère de jugement principal était la survie globale. Au total, 2009 patients ont été inclus (stade II et III respectivement 48 % et 52 %, cancer du rectum 16 %) et le suivi médian était de 7,8 ans. Il n’y avait pas de différence significative de survie globale et de survie sans récidive entre les 4 groupes. Dans le sous-groupe des patients présentant une récidive (21, 6% des cas), le taux de recours à une chirurgie curative était significativement plus important dans les 2 groupes de surveillance intensive, mais sans aucun bénéfice significatif, ni sur le temps jusqu’à récidive, traduisant l’absence d’avance au diagnostic, ni sur la survie globale. Ces résultats confirment ceux obtenus dans l'étude de Northover et al. et ceux de la dernière méta-analyse sur cette question [Nothover, et al. 1994 ; Jeffery et al. 2019].

Le TEP-scan au 18-FDG n’a pas montré son intérêt dans la surveillance systématique des patients non métastatiques après chirurgie à visée curatrice pour cancer colorectal [Sobhani et al. 2018].

Enfin le taux cumulé de récidive métastatique entre 5 et 10 ans après la chirurgie initiale d’un cancer du côlon est très faible de 2,9 % pour récidive locale et de 4,3 % pour les métastases [Bouvier et al. 2015].  Pour les cancers du rectum ces taux sont respectivement de 3,0 % et 3,4 % [Cottet et al, 2015]. Ces taux ne permettent pas de recommander d’étendre la surveillance au-delà de 5 ans. 

Les recommandations proposées sont surtout de l’avis d’experts et restent basées sur celles de la conférence de consensus de 1998 [Conférence de consensus. Prévention, dépistage et prise en charge des cancers du côlon. 1998]. Il s’agit d’une surveillance jugée intensive. Cependant, les études de pratiques montrent qu’elles sont peu suivies à l'échelle de la population [Boulin et al. 2005].

3.5.1. Surveillance après résection chirurgicale

REFERENCES

  • Examen clinique tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans.
  • Échographie abdomino-pelvienne tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans.
  • Radiographie de thorax tous les 6 mois pendant 3 ans puis annuel pendant 2 ans.
  • Compte tenu des données récentes rapportées, la surveillance de l’ACE, d’intérêt non démontré, n’est plus recommandée (niveau de la recommandation : grade B). En cas d’élévation préopératoire, sa normalisation doit être évaluée par un dosage à réaliser dans le 6 à 8 semaines après la chirurgie. Son élévation persistante indique la persistance d’un reliquat tumoral nécessitant à un bilan morphologique.

Les cancers de stade I ne nécessitent pas de surveillance de récidive à distance.  
Les éléments de surveillance cités ci-dessus s’appliquent aux cancers coliques de stades II et III.

Le rythme de la surveillance peut être modulé dans le sens d’un espacement des intervalles de surveillance à tous les 6 mois en cas de stade II à faible risque de récidive (niveau de la recommandation : avis d’experts).

  • Coloscopie selon les recommandations de l’ESGE 2019 et 2020 et celles de la SFED 2021 [Hassan et al. 2019 ; Hassan et al. 2020 ; Recommandations SFED 2021 - sous presse] - En cas d’antécédent personnel de cancer colorectal traité par exérèse endoscopique ou chirurgicale :
    • si incomplète ou de mauvaise qualité avant l'intervention, coloscopie à faire dans les 6  mois post-opératoires (niveau de la recommandation : grade C) puis à 1 an (niveau de la recommandation : grade B), à 3 ans et à 5 ans, si la coloscopie précédente est normale  (niveau de la recommandation : grade C).
    • si complète et de bonne qualité en pré-opératoire, elle sera à réaliser à 1 an (niveau de la recommandation : grade B), puis à 3 ans et à 5 ans, si la coloscopie précédente est normale (niveau recommandation : grade C).
    • au-delà, en l’absence de syndrome de prédisposition génétique au cancer colorectal, le rythme de surveillance par coloscopie sera fonction :
      • * du résultat de la dernière coloscopie
      • * de l’espérance de vie du patient du fait de son âge et/ou de co-morbidité

Particularités liées aux syndromes génétiques :

  • si syndrome de Lynch : contrôle tous les 1 à 2 ans avec chromoscopie par indigo-carmin  à partir de l’âge de 20 ans (recommandation GENMAD 2017).
    • si PAF : contrôle endoscopique avec chromo-endoscopie du réservoir après anastomose iléo-anale tous les 2 ans (1 fois par an en cas d’anastomose iléo-rectale) (recommandation  GENMAD 2021).
    •  si polypose MYH : contrôle endoscopique avec chromo-endoscopie annuel du côlon          restant (recommandation GENMAD 2009).

Les éléments de surveillance endoscopique cités ci-dessus s’appliquent aux cancers coliques quel que soit leur stade (I, II et III).

OPTIONS

Les éléments de surveillance cités ci-dessus s’appliquent aux cancers coliques de stades II et III (non indiqués pour les cancers coliques de stade I).

  • Scanner thoraco-abdominopelvien en remplacement de l’échographie et de la radiographie de thorax en cas de patients peu échogènes ou de risque de récidive élevé (T4 et/ou N2) (avis d’experts).
  • TEP scan au 18-FDG : Il est indiqué en cas de suspicion de récidive au scanner ou d’élévation inexpliquée de l’ACE.

3.5.2. Surveillance après résection endoscopique

(Recos ESGE Hassan 2020) (cf. figure 6)

REFERENCES (accord d’experts)

  • strong>Tumeurs à très bas risque ganglionnaires (adénocarcinomes intra-muqueux purs (Tis)) : contrôle endoscopique uniquement, à 3 ans si exérèse R0, à 6 mois si exérèse monobloc R1, à 6 et 18 mois si exérèse fragmentée.
  • strong>Tumeurs à bas risque ganglionnaires (adénocarcinomes à envahissement sous-muqueux superficiel (sm1 = T1a) lorsque l’invasion sous-muqueuse est inférieure à 1000 microns et qu’aucun critère qualitatif de risque d’invasion ganglionnaire n’est présent) : TDM TAP d’extension en post-résection puis coloscopie à 1 an et 3 ans.
  • strong>Tumeurs à haut risque ganglionnaires (en cas de présence d’un cancer T1 avec critères anatomopathologiques péjoratifs à risque d’invasion ganglionnaire) : surveillance oncologique selon les résultats de la chirurgie adjuvante, coloscopie à 1 an et à 3 ans.