Le carcinome hépatocellulaire (CHC) se développe généralement sur une cirrhose (75 à 80 % des cas), plus rarement sur une hépatopathie chronique non cirrhotique, et exceptionnellement sur un foie sain. Dans les cas de CHC développés sur cirrhose, le pronostic et l’approche thérapeutique sont conditionnés à la fois par le stade du cancer et par la fonction hépatique. En France, l'incidence annuelle en 2018 était de 12,5/100000 chez l’homme et de 2,5/100000 chez la femme (rapport InVS 2020 http://lesdonnees.e‑cancer.fr/). Comme dans d’autres pays occidentaux, une forte augmentation d'incidence a été observée au cours des 20 dernières années probablement due à plusieurs facteurs, notamment l’augmentation des cas liés au virus de l’hépatite C (VHC), et aux stéatopathies métaboliques, l’amélioration des méthodes de diagnostic, ainsi qu’une meilleure prise en charge des autres complications de la cirrhose (Trinchet 2009). L’InVS et l’INCa ont estimé que le nombre de nouveaux cas de cancer primitif du foie en France était passé de 1800 en 1980 à 8723 en 2012 puis à 10580 en 2018.

Le dépistage du CHC chez les malades atteints de cirrhose CHILD A/B (ou CHILD C en attente de transplantation) par échographies semestrielles (Trinchet, Chaffaut et al. 2011, EASL2018). Le programme de dépistage permet de diagnostiquer le CHC à un stade accessible à un traitement à visée curative dans plus de 70 % des cas (EASL-EORTC 2012). Des études plus récentes ont également montré que le dépistage semestriel correctement réalisé chez les patients avec cirrhose virale permet d’améliorer significativement la survie globale des patients (cohorte française CIRVIR, Costentin, Layese 2018). La détection précoce permet un accès plus fréquent à des traitements à visée curative avec un rapport coût-efficacité très favorable (Cadier, Bulsei 2017). La place de l’α-fœtoprotéine (aFP) dans le dépistage est encore controversée. Néanmoins des publications récentes (Tzartzeva , Obi  2018 ; Ningarhari , Mourad 2022) tendent à montrer une amélioration de la sensibilité en association à l’échographie dans le dépistage du CHC sans dégradation du rapport coût – efficacité. Le dosage semestriel de l’aFP est recommandé par l’ASLD et plus récemment par l’AFEF. L’algorithme de diagnostic du chapitre 7.2 prend en compte l’utilisation possible de l’aFP dans le dépistage. De nouveaux scores avec plusieurs biomarqueurs tels que le score GALAD (genre, âge, α-fœtoprotéine [aFP] L3, aFP, et des-carboxyprothrombin) semblent améliorer la sensibilité par rapport à l’aFP (62 vs 42 %) et pourraient entrer dans la pratique clinique dans les prochaines années (Marsh TL, Parikh ND 2024).